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21/12/2009

DEADLINE

La DEADLINE :

chez les peintres en fin de vie

 

La visite de l'Exposition Dead Line au MAM ( Musée d'Art Moderne ) de Paris , m'a donné l'occasion de méditer sur Éros et Thanatos

La période ultime d'un artiste retentit sur son oeuvre qui exprime, tel un auto-portrait

soit la sérénité, la plénitude d'une existence, une liberté nouvelle,

soit l'anxiété devant l'approche imminente d'une issue fatale programmée.

La vérité d'une oeuvre devient la vérité d'une vie, un testament, une projection visionnaire, un chef-d'oeuvre parfois.

En évoquant la mort, en la symbolisant ou en la représentant, l'Art permet de la nier, de la défier, de ruser avec elle ou bien d'accepter cette mort tout en la transcendant.

Précisons quelques clés . Elles nous permettront de mieux évaluer par nous mêmes ce que nous entrevoyons:

EROS ou pulsion de vie a comme objectif l'intégrité de l'être (pulsion de conservation) et le principe d'union (pulsion libidinale ou sexuelle).

THANATOS est la pulsion de mort qui se propose de ramener le vivant à l'état inorganique.

Les couleurs chaudes de la vie , l'harmonie du corps se réfèreront plutôt à Eros,

les couleurs sombres , noires, le morcellement la dysharmonie à Thanatos.

Les cinq stades du mourir envisagés par Élisabeth Kübler-

Ross en 1969 sont Le déni, la colère, la négociation, la dépression et l'acceptation.

On ne sera pas surpris de percevoir un ou plusieurs de ces comportements chez certains de ces artistes.

La Philosophie, notamment la relation de la représentation et du sens de l'œuvre, la Spiritualité et l' Éthique de chacun, sont présentes à l'arrière plan ainsi que le cadre Esthétique propre à chaque contemporanéité.

Après avoir évoqué Renoir et les œuvres des vingt dernières années exposées au Grand Palais, nous parlerons des quelques artistes marquants de la Deadline : Willem de Kooning, Hans Hartung, Jörg Immendorff, Robert Mapplethorpe, James Lee Byars.

Pierre Auguste RENOIR ( 1841-1919 ) est considéré comme le peintre de la joie de vivre lorsqu'en 1887 il ressent les premières atteintes de sa Polyarthrite Rhumatoïde. Il se rend à Cagnes sur mer, puis s'y fixe. Malgré sa maladie invalidante, il ne cesse de travailler, un pinceau fixé dans ses bandages. Il atteint ainsi, une plénitude , tout en continuant à évoluer et à prendre plus de liberté dans son oeuvre. Matisse remarque chez Renoir son bonheur de peindre malgré ses douleurs. Son aspect ascétique contraste avec le caractère plantureux de ses baigneuses,

Photo1.jpg

de ses jeunes filles en fleurs, et de son modèle préféré, Gabrielle. Eros veille.

Willem de KOONING ( 1904-1997 ), qui a été un des fondateurs du Mouvement COBRA, revient à des recherches antérieures à sa fameuse '' Woman II '', particulièrement déstructurée.

Après le début de sa Maladie d' Alzheimer, sa peinture s'épure, ses couleurs sont sereines, son graphisme devient fluide.

Hans HARTUNG ( 1904-2005 ) , pionnier de la peinture gestuelle, figure majeure de l'abstraction lyrique subit en 1986, à 82 ans, un Accident Vasculaire Cérébral entrainant une mobilité réduite.

Avec des assistants, il met au point un système de projection de peinture Il ressent de nouvelles forces, peint de plus en plus , avec une grande liberté, de grandes toiles colorées. Eros se confond avec les plages de couleurs chaudes, son appétit de s'exprimer, Tanathos avec les giclures noires, sa chaise roulante.

Jörg IMMENDORFF ( 1945-2007 ), élève de Joseph BEUYS observe sur ses toiles les ravages de sa Sclérose Latérale Amyotrophique. Tanathos est bien présent, dans le morcellement des corps, la disparition presque totale de la couleur, les représentations mortifères. Mais Eros résiste

et se débat: Invalide, pour continuer à créer, il utilise un ordinateur et des assistants qui sont le prolongement de sa pensée. Il s'inspire de la Renaissance: tout un programme. Il continue à enseigner jusqu'à sa mort...

Robert MAPPLETHORPE ( 1946-1989 ) Ce photographe américain côtoie des artistes de la société underground ( Andy WARHOL ) Son oeuvre allie esthétisme et provocation. Après sa séropositivité, en 1986, l'érotisation de la statuaire antique, l'émergence et la tyrannie de son désir s'affirment comme un manifeste de l'homosexualité. Dans un autoportrait frontal, hiératique et fier, la main appuyée sur une canne à tête de mort, il semble nous défier ainsi que son destin.

AUTO_PORTRAIT_1988_Robert_MAPPLETHORPE.jpg

James Lee BYARS (1932-1997 ), nait à Détroit et s'installe en Europe en1972, obsédé par la perfection et l'idée de la mort. Un cancer survient en 1990. Il met alors en scène sa propre mort dans

une série d'œuvres, la performance et l'installation :

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'' The Death of James Lee Byars ''. Au cours d' une interview il concède essayer d'admettre tout en s'y opposant, l'idée de la mort. Thanatos triomphe dans un grand miroir rond, uniformément noir, doublement cerclé d'une fine bordure d'or, sur un large fond noir. Il s'appelle '' Autoportrait ''...,retour à l'inorganique, à l'infini, au néant.

Seule reste une trace de vie, le double liseret auré.

CONCLUSIONS: Le Style Tardif se caractérise par une simplification, une reprise de l'oeuvre antérieure qui se poursuit et se régénère.

Les processus de création de fin de vie sont une reprise de la symbolisation constitutive de la construction psychique primordiale.

L'entrelacement d'Eros et de Thanatos, se poursuit jusqu'au bout dans les œuvres et la liberté de l'humain.

 

15/12/2009

Le Radeau de la Méduse

 

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Il s'agit d'une métaphore de la crise mondiale actuelle, initiée fin 2008 par la faillite des subprimes, ces valeurs immobilières américaines empoisonnées.

 

Le radeau, avec ses naufragés évolue sur une mer houleuse, vert foncé. Des hommes et des femmes dévêtus sinon dépouillés l'occupent.

 

Des cadavres verdâtres gisent au premier plan. Le ciel est sombre. Soudain, dans une zone dorée, en haut et à droite,apparaît un bateau.

L'espoir renait, les bras de la troisième ligne ruisselant de lumière se tendent, tandis que la rangée médiane, bleutée sort de sa torpeur.

 

La métaphore de la crise est affirmée par une mappemonde qui occupe le centre de gravité du radeau, attestant que le problème est mondial.

Sous la couche de pigments qui entourent et structurent les abords de la base flottante se cachent les objets et les causes de la crise, à savoir des billets de banque.

Au loin, doré , le bateau sur lequel repose l'espoir s'appelle le '' G 20 ''. Est-ce une illusion ? Une dynamique s'est enclenchée.