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14/04/2010

PASSION selon St. PENCREAC'H

 

'' La Passion '' de St. PENCREAC'H

au Carré Sainte Anne.

 

Stéphane PENCREAC'H expose le travail d'une année de recherche et de création, dans une église désacralisée de Montpellier, devenue '' Le Carré Sainte Anne.

La monumentalité des lieux a suscité en résonance des assemblages complexes, des tableaux impressionnants, des Sculptures inoubliables dont les plus impressionnants sont ''Mère et Fils '', ''Déposition '', '' Jérusalem '', '' L'Universelle Araignée.

Il a convoqué, pour figurer ses passions, un monde mythique et bouillonnant, animiste, mythologique, bouddhique, païen, moyennageux et chrétien.

Il a fait appel à la philosophie :

à l'impératif de Delphes : '' Connais-toi toi-même '', suivi et enseigné par Socrate,

au nihilisme nietzschéen,

à la déconstruction de Foucault et de Derrida,

aux fantasmes primordiaux de Freud et de Lacan.

Il s'est également inspiré de l'histoire universelle de l'Art:DSCN2924.JPG

L'Égypte, avec la pesée des corps et des âmes,

Les peintres de la Renaissance, avec les drapés de Léonard de Vinci, La Piéta de Michel-Ange

, les personnages en lévitation du Tintoret.

Les Vanités de la peinture hollandaise,

L'Expressionnisme Allemand ainsi que les personnages renversés de Baselitz,

Picasso et son fameux Guernica ,

Les peintres COBRA et leur déstructuration,

Soulage et ses noirs,Lucio Fontana et ses déchirures,

Les peintres du Mouvement Support-Surface et leurs tentures,

Les accumulations hétérogènes de l'art contemporain...

 

EROS et THANATOS ne luttent pas ici à armes égales.

Éros n'a pu se déployer et s'épanouir vraiment.

Le Narcissisme de l' ''Ecce Homo '' devant son miroir dissimule mal son identité. Des actes d'amour et de jouissance passent inaperçus dans le charnier de '' Jérusalem ''.

Car Thanatos est tout puissant. Les cranes parsèment les toiles et les sculptures. Des cadavres jonchent le sol. Des personnages décapités pendent des voûtes gothiques. L'Universelle araignée trône au-dessus des flammes, tandis qu'un cercle de feu annonce l' ''Apocalypse ''.

Deux êtres dominent l'exposition. L'un est masculin, l'autre féminin :

Le lycanthrope est l'homme qui, dans son délire croit qu'il est changé en loup. Il est représenté en loup-garou dans cette exposition dans ''Jérusalem '' :

 

 

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''La Déposition '',

 

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et "La mère et le fils" :

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La représentation de la femme est tout aussi fantasmatique: Elle est séductrice et mortifère dans les ''Sept voiles '', et '' Salomé '' où le précurseur du Christ aura la tête tranchée.

Dans ''La Déposition '', tout est consommé. La génitrice est en deuil, son fils, la bête sanglante sur ses genoux, un rictus de souffrance aux lèvres. Elle a donné la vie. Elle savait que la tragédie serait au rendez-vous.

Autre image féminine, '' La Grande Faucheuse '', baroque, au masque ricanant, plane au dessus des flammes et des illusions spéculaires éclatées.

 

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Comment donner un sens à cet ensemble? De la révolte d'un lycanthrope à l'acceptation de son sort, y aurait-il transgression ou blasphème?

Le tableau autour duquel tournent les autres œuvres nous suggère la clef de énigme. Son nom: ''

'' Mère et Fils ''. Il s'agit d'une double exhibition qui se cache sous l'apparence trompeuse d'une crucifixion.: Un lycanthrope mutilé, unijambiste, bras en croix, tête de loup ricanant, aux crocs acérés et aux yeux rougeoyants, s'exhibe littéralement, nu, sexe éviscéré en forme de lézard. Il se tient devant une forme féminine monstrueuse, tentaculaire, menaçante,offerte, le sexe béant.

Le manteau rouge, déployé du lycanthrope exhibitionniste accroit la symbolique et l'horreur de la scène. L'agressivité, le sadisme, la révolte grondent chez cet être dont la culpabilité lui donne la place expiatoire du Christ tout au long de son agonie, de sa passion, de son angoisse de mort et d'abandon.

Est-il vraiment responsable de son destin, cet être régressant dans l'animalité, la transgression de l'inceste et des genres, l'appétit de la chair et du sang?

Se sentirait-il le jouet halluciné de désirs qui le dépassent, d'une '' Génitrix '' captatrice qui aurait droit de vie, de jouissance et de mort sur sa créature?

L'acceptation de sa mort programmée serait adoucie par ses prises de conscience, l'amour infini d'une mère mortifère, la compassion transcendantale d'un Bouddha noir.

La théorie des '' Cordes et des Branes '', une des dernières explications de la création des mondes vient renforcer le cadre de cette oeuvre; dans les drapés noirs de l'Universelle Araignée et la corde tressée de son '' Gisant '', traces ultimes du passage dans la Vie.

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La transgression œdipienne a fait son oeuvre.

 

Commentaires

Votre analyse est pertinente ainsi que les références citées.
Vous avez, à juste titre, évité de mentionner DALI comme possible inspirateur.
Effectivement, la provocation de Dali n’induit pas la sensation de malaise qu’inspire la création de Pancreac’h.
Que recherche Pancreac’h ? Je ne le comprends pas tant ce genre de provocation me met mal à l’aise.
Pour moi, une œuvre d’art réussie est une œuvre que l’on souhaite exposer chez soi, que l’on souhaite faire partager à ses amis alors que chez Pancreac’h la provocation est malsaine…

Écrit par : Paul GIUDICE | 25/04/2010

Les commentaires sont fermés.