Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

23/05/2011

Marc DESGRANDCHAMPS

L'exposition de Marc DESGRANDCHAMPS au Carré Sainte Anne, une église gothique désacralisée de Montpellier est remarquable. Elle suscite des réflexions existentielles en cette période troublée où les catastrophes naturelles potentialisent les risques.

DSCN6146.JPG

Invité par Richard LEYDIER, Commissaire de l'Exposition, accompagné par Numa HAMBURSIN, Directeur artistique qui en éclaire la dimension plastique, le contexte sociologique et la dimension humaine, nous avons essayé de prendre conscience de cette création et de ses enjeux.

Le titre, ''le Dernier Rivage'', est celui du film de Stanley KRAMER ( 1959 ).

Dans ce film le thème est le suivant : En Australie, la population sait qu'un nuage radioactif a détruit le reste de l'humanité et qu'il se dirige lentement dans sa direction. On assiste aux dernières semaines, aux derniers jours de cette population qui continue à vivre, se baigner, faire des projets tout en ayant conscience de l'échéance finale.

Au cours de la visite, N. Hambursin attire notre attention sur le fait que les figures de ces grands tableaux se délitent à mesure que l'on avance vers le choeur, que les jeunes femmes en bikini ou en robe légère, pleines de vie, cèdent peu à peu la place à des figures spectrales. Elles disparaissent totalement dans le polyptique monumental du fond, où des nuées d'oiseaux noirs survolent un paysage de falaises.DSCN6132.JPG

On peut détailler deux tableaux particulièrement éclairants sur le plan analytique :

Le polyptique d'entrée : Un port, des jetées linéaires et menaçantes, des barques simplifiées posées sur une surface sans ride, sans eau peut-être. Au loin, on devine un massif évoquant l'Etna, couronné d'un nuage blanc. Le reste du ciel est bleu. Dans l'air, des objets denses et pointus vont s'abattre comme lors d'une éruption volcanique.DSCN6123.JPG Au centre de l'oeuvre, une tête incongrue, isolée, étrusque ( ? ), tracée dans un rouge pompéien, regard exorbité, semble pousser un ''Cri'' analogue à celui de MÜNCH. A droite, une femme seule dans ce paysage insolite. Le ton est donné, l'angoisse est là.

Une femme court, en sandales,se dirigeant de droite à gauche, vêtue d'une robe courte, sans manches, sombre, semi-transparente. Son visage est indéfinissable, son corps est translucide. Les os de ses membres, son squelette sont visibles sous sa chair fluide et verdâtre. Son environnement est destructuré, déliquescent, non identifiable. Des dégoulinures, omniprésentes signifient cette décomposition. Des ''navettes'' rougeâtres posent question.

DSCN6127.JPG

La Méthode Comparative, métaphorique, permet de mettre ''en parallèles'' un Film et une Exposition, permettant de transférer le ''Sens'' de l'un dans les ''Représentations'' de l'autre. Les tableaux sont alors porteurs de sens, symboliques et autonomes. Ils peuvent vivre dans notre Psyché, notre Inconscient. Ils sont alors décryptables avec les outils de la psychanalyse, dans l'interprétation des rêves, avec les processus de ''Déplacement'', de ''Condensation'', ''d'Inversion''...

Le ''Signifiant'' apparaît, ce fameux ''Phallus'', éclaté, effacé, disparu que l'on repère dès le tryptique d'entrée, volant comme après une explosion. On l'observe dans la disparition de la tête du cheval, des torses humains, dans l'effacement des êtres. DSCN6144.JPGCette ''Angoisse de Castration'' , lorsqu'elle est assumée, acceptée, permet aux personnages du film de vivre pleinement, sereinement dans un présent plein d'éternité, dans un ''Carpe Diem'' sans ambiguité qui dépasse le simple déni de la réalité.

Ces réflexions existentielles, en cette période de catastrophes et de risques planétaires, peuvent interpeler chacun d'entre nous.

Les commentaires sont fermés.