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17/01/2012

LES SUJETS DE L'ABSTRACTION

Le Musée FABRE de Montpellier Agglomération présente après Genève une exposition de 101 oeuvres de la Fondation GANDUR ayant pour thème ''Les Sujets de l'Abstraction''. Elle correspond à la Seconde Ecole de Paris s'étalant de 1940 à 1960, au moment où Paris était encore la capitale mondiale de l'art.

L'exposition, très didactique, met en lumière les différentes forces qui ont imposé leurs contraintes autour de la seconde guerre mondiale.

Nous envisagerons successivement les différentes thématiques ci-dessous:

1 PERIODE DE SYNTHESES:

Elle est apparue sous l'occupation, vers 1941 et notamment chez les élèves de BISSIERE : Jean BAZAINE, Alfred MANESSIER, Jean LE MOAL, Maurice ESTEVE. Ils se sont référés à la tradition nationale intégrant les réseaux géométrisants post cubiques et les couleurs pures du fauvisme.

2 LES PRIMITIVISMES:

Ils émergent à la fin de la guerre. Les toiles sont alors le reflet d'une matériologie pauvre, d'un inspiration instinctuelle et primaire, d'un déchainement de violence et de dysharmonie. Ce primitivisme est illustré par FAUTRIER, WOLS, et les membres du groupe CoBrA comme Karel APPEL, Asger JORN.

3 RECONSTRUCTIONS :

En parallèle avec l'évolution des sociétés européennes qui se reconstruisent, les peintres intériorisent une élaboration réparatrice de leur monde intérieur et extérieur :

Nicolas de STAËL réalise des maçonnages à la truelle avec une ''matière-couleur'' superposée, disperée, étalée. Il caractérise lui-même sa toile de ''mur'' où il projette ses conflits .

Serge POLIKOFF a une vision cadastrale faite de polygones irréguliers, emboités et colorés tels une terre vue du ciel.

4 LES GESTES :

Ils sont une des caractéristiques de l'Ecole de Paris.

Jean DEGOTTEX dépasse la subjectivité d'un geste intérieur pour engager un dialogue agressif avec la toile. Il traduit aussi l'influence orientale calligraphique et Taoïste.

Emilio VEDOVA, associe plusieurs pratiques gestuelles telles que des stries, des projections, des empreintes étirées de doigts et de mains.

Hans HARTUNG et Gérard SCHNEIDER enrichissent et complexifient cette méthode.

Georges MATHIEU réalise de véritables ''Performances'' avec une grande ''Expressivité'' et un certain ''Lyrisme''. On le voit bondissant devant de grandes toiles, zébrant avec de longs pinceaux, parfois à même le tube, un fond vibrant, d'éclairs rouges et blancs.

5 DES PAYSAGES :

Les paysages intérieurs s'extériorisent sous des influences diverses.

Chez Viera da SILVA, dans ''Paris , la nuit'', les espaces et les perspectives se tordent en des miroitements multiples à partir d'une ''scène primitive''.

RIOPELLE offre un vaste tableau rayonnant, polycentrique, en réseau.

Ces deux oeuvres semblent avoir inspiré le tableau hypercontemporain de Kobori REIKO, ''Le Net''.

ZAO WU KI et CHU TEH CHUN apportent leur culture, leur écriture et leur sensibilité à fleur de peau.

6 LES RUINES

Le travail de deuil se poursuit, l'autodépréciation s'insinue et se théorise.

1950 1960, la ruine est assumée. On note :

Un abandon de la touche picturale,

Le choix de matériaux bruts et pauvres,

Des gestes destructeurs

C'est ce que l'on voit dans la matériologie de Jean DUBUFFET, les sacs cousus d'Antoni TAPIES, les lacérations d'affiches de VILLEGLE, les oeuvres composites d'Albert BURRI.

7 Pierre SOULAGES

Il absolutise le noir, passant de la matière noire à la réflexion moirée de la lumière.

Un des tableaux présenté dans la collection Gandur semble particulièrement intéressant et correspond à la période 1950 : Sur un fond gris-bleu, horizontal, des structures noires, faites de paralleloïdes brisées, dressées, s'inclinent progressivement à la manière des aveugles de BRUEGHEL. Ces traces signifiantes, ces Dolmens inspirateurs, ces Stèles signifiées, apparaissent empreintes de la ''pulsion de mort'' et de la chute civilisationnelle dont elles sont le Signe.

CONCLUSION

La collection GANDUR évoque magnifiquement la période de l'abstraction de la Seconde Ecole de Paris de 1940 à 1960.Elle a permis de prendre conscience d'une étape capitale de l'Histoire de l'Art Abstrait avec :

La Synthèse entre le Post cubisme et le Fauvisme par les suiveurs de BISSIERE

La sidération de la peinture chez des Primitivistes comme FAUTRIER ou WOLS

La violence réactionnelle du mouvement CoBrA

Les Reconstructions, notamment chez un Nicolas de STAËL

La reprise de l'Elan Vital dans la Gestuelle culminant chez Georges MATTHIEU

L'extériorisation de paysages intérieurs chez Viera da SILVA ou ZAO WU KI

La déconstruction dans un travail de deuil chez TAPIES

Le dépassement dans la quête de la lumière par delà le noir chez SOULAGES

En 1960, L'Ecole de Paris transmet temporairement le flambeau à celle de New York qu'elle a contribué à former.

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