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08/05/2014

Lucio FONTANA L'Enigme des FENTES

Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris nous dévoile le parcours artistique de Lucio FONTANA, sculpteur, céramiste et peintre qui a exploré la matière, la figuration et l'abstraction et dont les recherches ont abouti à une vision conceptuelle qui doit être comprise par l'Histoire de l'Art, par la Philosophie et la Psychanalyse de l'Art.

Deux cents œuvres illustrent son évolution. L'exposition, thématique donne à voir des sculptures primitives, des céramiques polychromes, et des œuvres conceptuelles.

Cet artiste, considéré comme majeur en Italie, a influencé les avant-gardes européennes puis américaines.

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Lucio FONTANA est né en Argentine, à Rosario, de père italien, sculpteur. Il le suit dès son jeune âge, en Italie où il passera la majorité de sa vie.

En 1917, il s'engage, volontaire dans l'armée jusqu'à la fin de la Grande Guerre.

Il est formé à l'Académie de Brera par le sculpteur Adolfo WILDT en 1928.

En 1930, il rejoint le groupe ''Abstraction-Création''.

Il se passionne également pour la céramique et collabore avec des architectes.

Il devient peintre en 1940 tout en poursuivant la sculpture.

Il admire l'art baroque et ''le Futurisme de Giacomo BALLA et Umberto BOCCIONI.

Il est séduit par ZADKINE et BRANCUSI.

Il passe la seconde guerre mondiale en Argentine.

De retour à Milan, en 1947, il prend la tête du ''Mouvement Spatialiste''.

En 1949, il commence ses ''Concetti Spaziali''.

En 1958, à la Biennale de Venise, apparaissent sur des toiles des fentes ou coupures, 'ce que les italiens appellent ''i Tagli''* qui constitueront l'aboutissement de sa pensée artistique et auxquels on l'identifiera.

 

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Les COUPURES : comment les comprendre et pourquoi exercent-t-elles une telle fascination ?

Parler de trous (Buchi) ou de fentes (Tagli) implique plusieurs points de vue et plusieurs modes  de penser :

de l'Histoire de l'Art à la Philosophie :

Lucio FONTANA apporte, grâce aux coupures une étape supplémentaire à l'histoire de l'art. Le XXe siècle a vu une soustraction constante des éléments du tableau aboutissant à une œuvre monochrome avant d'arriver à la toile blanche.

La narration moderniste, indexée sur ''l'Essentialisme'' de HEGEL est orientée vers la fin historique de la peinture et de l'Art. Le geste de L.F., en perçant des trous ou en lacérant un monochrome, accomplit un dépassement du seuil pictural et précipite l'avènement conceptualisé par HEGEL.

 

Mais, plus tard, la vision ''messianique'' de Bernard-Henri LEVY permet d'envisager les ''Concetti Spaziali'' dans la continuité de ''l'Homme Nouveau'', ayant foi au progrès et à la science, tout en incarnant l'homme volontaire tant admiré dans les pouvoirs forts et les dictatures de l'époque.

De la ''Réalité opérationnelle'' au ''Réel'' lacanien

---Les coupures sont objectivables et s'inscrivent dans la réalité d'une toile. Elles ont un pourtour, des bords, des lèvres, une béance.

Cette constatation évoque le mode opératoire par lequel cette effraction s'est faite (poinçon, cutter) et le geste déterminé qui l'a créée.

--- Ces trous, ces fentes permettent de passer de la 2è dimension où ils s'inscrivent sur la toile vers la 3è dimension qui est perçue par le créateur et l'observateur.Le dedans et le dehors communiquent.

Cette mise en jeu de l'espace fait intervenir le regard de l'observateur et l'objet observé.

Ce processus, celui de la ''Camera Oscura'', a été utilisé par les artistes de la Renaissance, puis banalisé dans le procédé  photographique.

 

---Mais, la subjectivité du créateur et du spectateur auquel il s'identifie est en jeu car l'objet qui mérite d'être observé n'est pas anodin.

DÜRER détaille sur sa toile, un nu féminin.

BOTTICELLI choisit avec Paris une des trois grâces.

COURBET identifie l'Origine du Monde

Le désir est bien là, lacérant la toile, faisant émerger le ''Fantasme'', métonymie de l'être.

On pourrait admettre, alors, comme le pense LACAN, que la COUPURE serait le ''Signifiant'' du Désir, place du ''Manque'', prémices de la ''Jouissance'', ouverture sur le Réel, innommable.

 

* i Tagli prononcer '' i ta li '' # Italie ...

 

 

Commentaires

Merci de nous faire découvrir cet artiste méconnu. En tout cas de moi…
Pourtant, je reste très sceptique devant ce genre de peintre. Je comprends bien qu’il innove, qu’il recherche, qu’il crée. Mais j’attends du peintre qu’il m’étonne, me fascine, fasse vibrer mes émotions, me fasse dire « jamais je ne pourrai faire aussi bien ».
Lucio Fontana m’étonne mais ne fait que m’étonner. Je ne vois pas sa « plus-value » car je pourrais faire aussi bien que lui, voire mieux… C’est toute la problèmatique de l’art. Je le définis comme une rareté, une exception, comme une œuvre incomparable, inimitable, originale. Dans cet esprit, Lucio Fontana , n’est pas un artiste…

Écrit par : Paul GIUDICE | 10/05/2014

Je respecte vos opinions, vos goûts et votre façon de percevoir l'art. Cependant, Lucio FONTANA nous donne l'occasion de nous décentrer, de sortir de nos habitudes de penser et de ressentir, afin de juger une œuvre à partir d'une méthode pluridisciplinaire.
L'histoire de l'art nous a permis de sortir de l'Imitation et d'enrichir l'Esthétique en réfléchissant autre chose que la ''Beauté'' dans son miroir.
L'art, c'est également la ''Recherche de Sens'' que la Philosophie, par chacune de ses composantes permet d'éclairer.
Quant à la Psychologie des profondeurs, elle laisse entrevoir des lueurs venant de l'inconscient.
C'est la démarche artistique de toute une vie qui fait que Lucio FONTANA concentre ses expériences et ses affects dans ces ''FENTES'' ou ''COUPURES''. La simplification, la ''Symbolisation'' ont alors une valeur universelle et la ''Beauté'' de ces ''TAGLI'' équivaut à celle d'une formule einsteinienne.

Écrit par : Marcel MANTIONE | 14/05/2014

Magnifique ! Le symbolisme du manque, de la rupture, de la faille et de l’interstice, voire du trou, nous fait raison d’être. Amitié.

Écrit par : BOTET | 14/05/2014

Ce tableau monochrome lisse et uniforme, est accidenté par la coupure, une rupture, une solution de continuité , une onde, une corde !
C est l événement , l accident qui comme tel introduise un effet créateur , innovant comme une mutation génétique et ensuite c est en vertu de ses compétences à améliorer l adaptation que cela sera retenue par l évolution du vivant.
La création à toujours une origine accidentelle.
Dans la parole, c est à partir d un ratage : le lapsus comme rupture de sens que s entrevoit une autre dimension, celle de l inconscient.
Cela n est pas sans représenter quelque chose de la théorie des cordes, élucubration mathématique qui actuellement permet de penser une théorie unifiée de l univers.
Ces trois coupures à la surface du tableau comme trois ondes représentées par des cordes libres, considérons les comme des ondes en vibration de particules élémentaires à l origine de la matière , disons des quarks par exemple et la le tableau devient dans le champ visible la représentation d un nucléon constitutif du noyau des atomes.

Cordialement

Écrit par : Thijssens | 14/05/2014

Merci infiniment pour ce partage et félicitations pour cette appréciation.
Je vous avoue que je ne connaissais pas l'oeuvre de Lucio Fontana. Les fentes, les coupures
créent un intervalle qui figure toute la singularité d'un concept où le signifiant le dispute au signifié.
Au delà, les fentes laissent entrer la lumière, permettent à l'observateur d'exprimer son libre arbitre à travers la subjectivité de son interprétation, de participer de ce tout...
en l'entrainant dans l'unicité de l'élan.
Bien amicalement,
Florence

Écrit par : FERRARI | 14/05/2014

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