Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

02/05/2012

Christopher WOOL au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Ce peintre américain, né à Chicago en 1955, est présenté comme une figure majeure de l'Art Contemporain.

L'objet de sa création est la Peinture Abstraite qu'il approfondit depuis les années 1980, à New York, influencé par l'Art Underground. Il explore les limites de la Peinture Informelle et du Pop-Art auxquels il emprunte les concepts. Une gestuelle expressionniste cotoie une rigueur minimaliste.

Puis, au cours des années 2000, on assiste à une métamorphose, visible dans la trentaine de grandes toiles exposées ici. On observe trois types d'oeuvres composées :

     - de grandes taches noires ou parfois brunes,

     - de traits noirs ou rouges, sinueux, sans commencement ni fin,

     - de zônes brouillées, ayant les caractéristiques précédentes.

Elles méritent d'être comprises et interprétées car elles éclairent le processus de création, résolument moderne.

christopher wool,musée d'art moderne de la ville de paris,art abstrait,sérigraphie,underground,pop-art,informels,taches,lignes,numérique

Les différentes techniques utilisées, comme le spray, les images sérigraphiques, la reproduction numérique, permettent de réaliser des juxtapositions, des chevauchements, des recouvrements telles des plaques teluriques . On assiste aussi à tout un travail sur ces ''Images-Sources'', des additions, aggrandissements, recompositions, effacements. Ces thèmes sont repris et développés d'un tableau à l'autre comme une structure génétique en mutation constante.

Une peinture laquée, vient souvent achever l'unité de chaque tableau.

La recherche de sens est beaucoup plus difficile.

Ces tableaux informels suggèrent des tests psychologiques projectifs où chacun peut retouver sa personnalité. Cependant, des assemblages de formes s'opèrent, des structures apparaissent malgrè le caractère aléatoire, chaotique et inconscient du phénomène. Par leur répétition, observable, ces formes échappent en partie à la psyché de l'observateur pour être attribuées à la pensée créatrice de l'artiste.

Les taches : La convergence de celles-ci au fil des séries semble aboutir à la structuration signifiante d'un encéphale, voire de deux hémisphères cérébraux dans une image de ''screen-split''.

christopher wool,musée d'art moderne de la ville de paris,art abstrait,sérigraphie,underground,pop-art,informels,taches,lignes,numérique

Les lignes, tortueuses évoqueraient le chemin labyrinthique de la pensée. (J'évoque là, un séminaire de l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales) sur ''les graphes et la pensée'' auquel j'ai participé).

christopher wool,musée d'art moderne de la ville de paris,art abstrait,sérigraphie,underground,pop-art,informels,taches,lignes,numérique

Les zônes brouillées, véritables palympsestes,font penser à des phénomènes de désintégration et/ou de régénération, peut-être un travail sur la mémoire.

christopher wool,musée d'art moderne de la ville de paris,art abstrait,sérigraphie,underground,pop-art,informels,taches,lignes,numérique

christopher wool,musée d'art moderne de la ville de paris,art abstrait,sérigraphie,underground,pop-art,informels,taches,lignes,numérique

La démarche de Christopher WOOL est extrêmement intéressante à plusieurs titres :

Elle intègre la Liberté de la gestuelle, de la technique et de la pensée.

Elle tend vers une synthèse des pratiques américaines à la conquête de l'Art Abstrait.(Ground Art, Pop-Art, Expressionnisme de Pollock, Art de la Publicité...)

Elle retrouve dans son dernier style les sources de l'Art Européen des années 50, correspondant aux année de naissance de C. WOOL.(DEGOTTEX, HARTUNG, G. SCHNEIDER, FAUTRIER,DUBUFFET, WOLS,G. MATHIEU, SOULAGES).

Une recherche moderne et pragmatique de la création technologique. (Sérigraphie, Numérique).

Une évolution vers la compréhension de la structure pensante afin de prendre la création à sa source et qu'on ne dise pas : « le sujet n'est pas celui qui pense ».

christopher wool,musée d'art moderne de la ville de paris,art abstrait,sérigraphie,underground,pop-art,informels,taches,lignes,numérique

16/02/2012

POURQUOI ENCORE LA PSYCHANALYSE ?

Après les critiques et les attaques contre FREUD et la Psychanalyse, Georges BOTET PRADEILLES, Psychanalyste, Docteur en Psychologie, écrivain, dans ce magistral essai, répond aux questions que tout un chacun se pose.

freud,psychanalyse,georges botet pradeille

Cliquez sur l'image pour l'agrandir

Il écrit :

 << La psychanalyse? Rien n'est plus simple. C'est trouver un lieu, un témoin et recevoir l'autorisation de rendre votre pensée et votre imagination libres, mobiles et réversibles. Le temps est aboli. Toute mise en scène est différée. On ne subit là aucune autre pression que de trouver les mots qui signifient notre désir et sans nous engager à quoi que ce soit. On peut réélaborer ce qui resta inachevé, retrouver les mots qui ne furent pas dits et même reconstruire imaginairement ce qui fut perdu. Le possible nous est rendu. Nous redécouvrons notre place dans notre histoire dont le sens évolue et se restaure sans cesse. Il suffit d'oser dire ce qui vient et revient. Sans intention, sans crainte, sans tabou. Parler sans ce semblant qu'on met partout ailleurs pour prendre place, convaicre, séduire, tenir pied, sauver peut-être une certaine face.

Le psychanalyste n'est pas là pour conseiller, se substituer au savoir. Il est seulement ce témoin nécessaire pour aller vers l'Autre au-delà des craintes, des résistances et des illusions de ce Moi solitaire où l'on se fortifie. On rencontrera peut-être au terme de ce chemin l'autre et une meilleure culture. On construit un savoir vivre qui fait pendant à ce savoir mourir dont notre époque fait farouchement le déni. Cela s'explique peu, mais s'entend dans de nouveaux degrés de liberté de parole et de nouvelles déclinaisons de son propre rôle que l'on invente au fil de la découverte de nouveaux supports symboliques.

L'expérience vient à point dans l'explosion des familles et le déclin irréversible des rudes valeurs du siècle dernier. Dans un monde post moderne décloisonné et sans repère, la psychanalyse ne libère plus le sujet de ses contraintes, elle le reconstruit.

Pourquoi encore la psychanalyse ? Il n'y a pas de réponse autre que cette nécessité de se donner un espace humain subjectif vivable entre inconscient et conscient, entre l'affectif et le savoir, quand tout devient objet, y compris soi-même>>.

09/02/2012

TAPIES, le triomphe du ''Signe''

Un des plasticiens qui a révolutionné, par sa ''praxis'' et sa ''doxa'', la seconde moitié du XX° siècle, Antoni TAPIES, vient de s'éteindre le 6 Février 2012.

Pour voir les oeuvres d'Antoni TAPIES, cliquez ici : OEUVRES

BIOGRAPHIE

Il nait à Barcelone en1923. Son père est avocat. Sa famille maternelle est dans l'édition et la vente de livres.

En 1940, une grave affection pulmonaire interromp ses études de droit. Il s'intéresse alors à la littérature, la philosophie, la musique et bien sur, à l'art auquel il va consacrer bientôt sa vie. Il s'intéresse ultérieurement à la pensée orientale, la pensée Zen, le Bouddhisme.

Il subit la tragédie de la guerre civile espagnole et le franquisme.

Il est introduit auprès de Picasso, se lie d' amitié avec Miro et avec Paul Klee.Il est séduit par les provocations du Dadaïsme, influencé par le Surréalisme qui génère sa première période picturale.

Avec le poète catalan Joan Brossa, il fonde le mouvement ''Dau al Set'' (la 7° face du dé'').

En 1950, il expose à Barcelone, et deux ans plus tard, il est retenu par la Biennale de Venise.

Il s'oriente alors vers l'Abstraction.

Lors de ses recherches et pratiques innovantes, il intègre dans sa peinture des objets divers.

Sa renommée devient progressivement internationale.

Il influence l'Arte Povera.

Il collabore avec de nombreux artistes, dont, Antonio SAURA, Enrique TABARA, Manolo MILLARES.

Ses oeuvres se couvrent de symboles, d'écritures, d'objets de plus en plus volumineux.

Il est perméable aux idées de la Pop Art.

Il crée la Fondation Tapies, à Barcelone dans l'ancienne maison Montana i Simon où il rassemble ses oeuvres ainsi qu'une vaste bibliothèque.

La reconnaissance internationale le couvre de prix et de distinctions.

Il est élevé par le roi d'Espagne au titre de Marquis de Tapies, en 2010.

L'OEUVRE

Son oeuvre est considérable. On reconnaît ses toiles, son style, son univers par ses constantes.

La ''Matière'' semble en être l'objet et l'horizon.

La ''Texture'' de ses toiles est hérissée d'ojets divers. Elle ne permet pas de définir une frontière nette entre peinture et sculpture. Celle-ci prend de plus en plus d'importance, s'autonomise et prend son indépendance.

La ''Pâte'', basique est faite d'un agglomérat de colle, de poussière d'argile et de marbre. Elle enserre des objets divers, usagés et banaux, comme des cordes, des fragments de draps, des papiers lacérés, des morceaux de bois.

La Couleur est terreuse, bistre, beige, blanchâtre, parfois noire, rarement relevée d'une tache ou d'une griffure rouge-sang, d'un bleu-ciel.

Des ''Signes'' apparaissent, noirs sur fond clair. Les croix sont nombreuses, des signes de multiplication, des chiffres, de 1 à 4.

L'INTERPRETATION est aventureuse, mais elle permettrait de pénétrer l'Art Contemporain et les méandres de la Création.

Tapiès apparaît a priori comme un ''matiériste'', occupé de la matérialité émergente de la ''Réalité'', engluée dans la pâte de son temps.

Il n'en exprime pas moins des préoccupations métaphysiques au sens littéral et spirituel du terme.

Sa longue étude de la philosophie méditative orientale lui a fait prendre conscience de la correspondance entre un objet banal et le cosmos, ainsi qu'il l'a exprimé dans certaine interview. La finitude de l'objet et de la vie sont dans son champ de conscience.

La dimension ''Symbolique'' de ses oeuvres est au premier plan ainsi qu'on peut le supposer en faisant une analyse du ''Signifiant'' et du ''Signifié dans son oeuvre.

En effet, par la répétition, Tapies nous fait signe ainsi que nous l'avons vu,créant ainsi un méta langage.

Le SIGNE, comme le disent les linguistes, se décompose en Signifiant et en Signifié.

Le Signifiant, c'est la trace visible, c'est à dire le trait, la forme, la couleur, la matière...

Le Signifié, c'est le Sens apparent ou latent.

Tapies lui-même, des commentateurs, nous éclairent :

Le signe + serait l'équivalent d'une croix de cimetière, des victimes du franquisme, des guerres.

Tapies ajoute que le T de Tapies est l'équivalent d'une croix et qu'il signe ses toiles par une +.

Les Murs. Dans cette série de tableaux, la signification va dans le même sens,puisque Tapies en catalan veut dire ''mur'' ! Ainsi il a créé des ''Toiles-murs'' où il semble se projeter comme dans autant d'autoportraits.

Les Déchets. Quel sens donner à ces objets qui parsèment ses tableaux? LACAN, d'une manière provocatrice affirme ce que nous n'osons pas envisager encore: Il dit, s'adressant à des psychanalystes : <<Etre un déchet est ce à quoi aspire sans le savoir quiconque est un être parlant>>. Et on rejoint la Bible : <<Tu es poussière et tu retourneras à la poussière>>.

On comprend ainsi les angoisses d'une personne qui a eu des problèmes pulmonaires et qui a traversé deux guerres.

Ce qui semble important à souligner, c'est l'identification de Tapies aux Signifiés : Mort, Anéantissement, Matière et aux Signifiants qui représentent son oeuvre : + , Mur, Matière.