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27/01/2012

''TOUT AU BOUT'' - Bernard PAGES

Bernard PAGES a participé pragmatiquement à la Déconstruction refondatrice de la sculpture.

Né en 1940 dans le Lot, il vit ses premières années à la campagne au contact avec la Nature. Ce contact, il le conservera toute sa vie en dehors de ses périodes de formation.

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Il monte étudier à Paris, dans un atelier d'Art Sacré.

Installé dans l'arrière pays niçois, il découvre en 1965, les Nouveaux Réalistes (Martial RAYSSE, Yves KLEIN, ARMAN ), ce qui procure de la liberté à ses sculptures.

Il se sent proche des peintres qui conceptualisent et mettent en oeuvre, en 1969, le Mouvement Support / Surface ( Claude VIALLAT, BIOULES, DEZEUZE ). Les matériaux qu'il utilise sont basiques : terre, plâtre, ciment...Il collecte de plus des objets hétéroclites qu'il classera ultérieurement en séries dans un vaste hangard-atelier : bois, branchages, grillages, tôles ondulées, plastiques, briques...

 Des expositions importantes jalonnent progressivement sa vie:

….Beaubourg ( 1982-1983 )

CAPC de Bordeaux ( 1984-1985 )

MAMAC assez récemment.

Il réalise une série de Colonnes inspirées de BRANCUSI (1979-1985 ).

Des commandes publiques lui ont permis la création d'oeuvres monumentales à Aix, Vence, Marseille...

La visite de l'exposition au Carré Sainte Anne, à Montpellier permet de découvrir six oeuvres d'assez grande taille:

''Surgeon III''

Il apparaît, dès le nartex de cette église débaptisée, sur un socle plat, de pierre blanche. Une poutrelle d'acier oxydé, sombre, s'élance, élégante et vigoureuse, à l'extrémité torsadée, rouge-sang. Ces trois parties, bien distinctes par leur couleur, leur volume, leur silhouette. L'Abstraction laisse la place à l'Imaginaire, puis à une Symbolique polysémique.

 

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A l'intérieur, un vaste espace est rythmé par les hautes fûtées des colonnes et des vitraux étroits. Des structures étranges, telles un sous-bois tapissent cet entrelac. Deux lignes obliques cassent volontairement la sérénité des lieux : ''Les Fléaux'' et ''Les Pierres Roses''.

''Les Fléaux''

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Cliquez sur la photo pour l'agrandir

Un alignement de dolmens nous accueille à une porte latérale. Chaque élément est ternaire, constitué d'un bloc de béton rose-chair surmonté d'un épais fil d'acier torsadé, brandissant un long cylindre de bois, menaçant. Chaque visiteur est plongé dans des sensations et des interprétations multiples.

''Les Pierres Roses''

Une formation biomorphe, annulaire évoquant un squelette fossile est constitué de onze éléments.

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Chaque module comprend une pierre blanche, carrée , recouverte d'une peau rose, flanquée de chaque côté d'un hémi-bidon métallique déformé aux couleurs sombres, bleu-vert aux reflets rougeâtres.Il est surmonté d'un long flagelle d'acier effilé et flexueux.

''Le Pal''

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Il exhibe tel un canon dressé, un énorme cône de pin implanté sur une base de plaques carrées faites de métal oxydé. La symbolique phallique est assez évidente.

''Torse II''

Il comprend trois portions bien distinctes : DSCN7920.JPG

Un tronc de bois noir,

Un tube métallique jaunâtre à section carrée,

Une fine extrémité effilée.

On est frappé par l'aspect torturé de cette oeuvre où la mort n'est pas absente.

''Tout au Bout''

Cette longue tige d'acier dressée, de 6,60 m, vert-chlorophile défiant la pesanteur, apparaît dans un déséquilibre fragile. Elle est solidement tenue par une double machoire de fer. A son sommet danse une couronne de lettres scintillantes composant le titre de l'exposition. Tout l'élan vital, spirituel, toute la tension ontologique prête au dépassement, tout est là.

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 Au terme de cette exposition on peut entrevoir ce qu'a apporté Bernard PAGES :

  • Une libération de la figuration objective.

  • Une hétérogénéïté des matériaux et une opposition entre des éléments naturels (bois, métal ,pierre) et des produits industriels (béton, tôles,céramiques...).

  • Une recherche sur les limites,( notamment de l'équilibre) et les extrémités d'une sculpture.

  • Une confrontation avec le temps, la trace, les empreintes...

  • La préoccupation d'une symbolique polysémique.

  • L'affrontement entre une pulsion de vie et de mort.

  • Un clivage entre le Signifiant et le Signifié.

  • Une poétique sensible et méditative de la Nature.

  • Une tentative de Sublimation d'une base tellurique à un élan vital, ontologique et spirituel.

 

17/01/2012

LES SUJETS DE L'ABSTRACTION

Le Musée FABRE de Montpellier Agglomération présente après Genève une exposition de 101 oeuvres de la Fondation GANDUR ayant pour thème ''Les Sujets de l'Abstraction''. Elle correspond à la Seconde Ecole de Paris s'étalant de 1940 à 1960, au moment où Paris était encore la capitale mondiale de l'art.

L'exposition, très didactique, met en lumière les différentes forces qui ont imposé leurs contraintes autour de la seconde guerre mondiale.

Nous envisagerons successivement les différentes thématiques ci-dessous:

1 PERIODE DE SYNTHESES:

Elle est apparue sous l'occupation, vers 1941 et notamment chez les élèves de BISSIERE : Jean BAZAINE, Alfred MANESSIER, Jean LE MOAL, Maurice ESTEVE. Ils se sont référés à la tradition nationale intégrant les réseaux géométrisants post cubiques et les couleurs pures du fauvisme.

2 LES PRIMITIVISMES:

Ils émergent à la fin de la guerre. Les toiles sont alors le reflet d'une matériologie pauvre, d'un inspiration instinctuelle et primaire, d'un déchainement de violence et de dysharmonie. Ce primitivisme est illustré par FAUTRIER, WOLS, et les membres du groupe CoBrA comme Karel APPEL, Asger JORN.

3 RECONSTRUCTIONS :

En parallèle avec l'évolution des sociétés européennes qui se reconstruisent, les peintres intériorisent une élaboration réparatrice de leur monde intérieur et extérieur :

Nicolas de STAËL réalise des maçonnages à la truelle avec une ''matière-couleur'' superposée, disperée, étalée. Il caractérise lui-même sa toile de ''mur'' où il projette ses conflits .

Serge POLIKOFF a une vision cadastrale faite de polygones irréguliers, emboités et colorés tels une terre vue du ciel.

4 LES GESTES :

Ils sont une des caractéristiques de l'Ecole de Paris.

Jean DEGOTTEX dépasse la subjectivité d'un geste intérieur pour engager un dialogue agressif avec la toile. Il traduit aussi l'influence orientale calligraphique et Taoïste.

Emilio VEDOVA, associe plusieurs pratiques gestuelles telles que des stries, des projections, des empreintes étirées de doigts et de mains.

Hans HARTUNG et Gérard SCHNEIDER enrichissent et complexifient cette méthode.

Georges MATHIEU réalise de véritables ''Performances'' avec une grande ''Expressivité'' et un certain ''Lyrisme''. On le voit bondissant devant de grandes toiles, zébrant avec de longs pinceaux, parfois à même le tube, un fond vibrant, d'éclairs rouges et blancs.

5 DES PAYSAGES :

Les paysages intérieurs s'extériorisent sous des influences diverses.

Chez Viera da SILVA, dans ''Paris , la nuit'', les espaces et les perspectives se tordent en des miroitements multiples à partir d'une ''scène primitive''.

RIOPELLE offre un vaste tableau rayonnant, polycentrique, en réseau.

Ces deux oeuvres semblent avoir inspiré le tableau hypercontemporain de Kobori REIKO, ''Le Net''.

ZAO WU KI et CHU TEH CHUN apportent leur culture, leur écriture et leur sensibilité à fleur de peau.

6 LES RUINES

Le travail de deuil se poursuit, l'autodépréciation s'insinue et se théorise.

1950 1960, la ruine est assumée. On note :

Un abandon de la touche picturale,

Le choix de matériaux bruts et pauvres,

Des gestes destructeurs

C'est ce que l'on voit dans la matériologie de Jean DUBUFFET, les sacs cousus d'Antoni TAPIES, les lacérations d'affiches de VILLEGLE, les oeuvres composites d'Albert BURRI.

7 Pierre SOULAGES

Il absolutise le noir, passant de la matière noire à la réflexion moirée de la lumière.

Un des tableaux présenté dans la collection Gandur semble particulièrement intéressant et correspond à la période 1950 : Sur un fond gris-bleu, horizontal, des structures noires, faites de paralleloïdes brisées, dressées, s'inclinent progressivement à la manière des aveugles de BRUEGHEL. Ces traces signifiantes, ces Dolmens inspirateurs, ces Stèles signifiées, apparaissent empreintes de la ''pulsion de mort'' et de la chute civilisationnelle dont elles sont le Signe.

CONCLUSION

La collection GANDUR évoque magnifiquement la période de l'abstraction de la Seconde Ecole de Paris de 1940 à 1960.Elle a permis de prendre conscience d'une étape capitale de l'Histoire de l'Art Abstrait avec :

La Synthèse entre le Post cubisme et le Fauvisme par les suiveurs de BISSIERE

La sidération de la peinture chez des Primitivistes comme FAUTRIER ou WOLS

La violence réactionnelle du mouvement CoBrA

Les Reconstructions, notamment chez un Nicolas de STAËL

La reprise de l'Elan Vital dans la Gestuelle culminant chez Georges MATTHIEU

L'extériorisation de paysages intérieurs chez Viera da SILVA ou ZAO WU KI

La déconstruction dans un travail de deuil chez TAPIES

Le dépassement dans la quête de la lumière par delà le noir chez SOULAGES

En 1960, L'Ecole de Paris transmet temporairement le flambeau à celle de New York qu'elle a contribué à former.

23/09/2011

LE MUSEE D'ANATOMIE DE LA FACULTE DE MEDECINE DE MONTPELLIER

LA JOURNÉE DU PATRIMOINE m'a donné l'occasion de revoir le MUSÉE D'ANATOMIE DE MONTPELLIER, de me replonger dans l'histoire de la Faculté de Médecine et d'évoquer des souvenirs personnels.

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Dès ses origines, vers 880, Montpellier est une zone de passage et de commerce.

C'est un descendant des GUILHEM, qui, en 1180, promeut la liberté d'enseignement et de pratique médicale grâce à des praticiens Juifs, Arabes et Chrétiens.

En 1220, le Pape HONORIUS III propose par son Légat, la fondation de l'école de Médecine.

Des maîtres accroissent sa renommée :

Arnaud de VILLENEUVE, au 13 e siècle,

Gui de CHAULIAC, au 14 e siècle,

RABELAIS, qui enseigne au 16 e siècle.

Du 17 e au 19 e, la Faculté poursuit son rayonnement en élaborant des doctrines, dont celle de BARTHEZ prone '' Le Vitalisme''.

En 1794, La Révolution confirme Montpellier comme une des trois Ecoles Nationales de Santé.

Le Chimiste et Député CHAPTAL crée un ''CONSERVATOIRE ANATOMIQUE'', qui se développe au fil des décennies et jusqu'à nos jours, sous la direction des différents Conservateurs pour servir de base à l'enseignement médical. Il absorbe le fruit de connaissances Embryologiques, Anatomo-pathologiques, Anthropologiques, Médico-légales. Il comprend:

Une collection de pièces de cire, remarquables, modelées par l'artiste florentin Felix FONTANA,

Des squelettes de vertébrés, permettant l'Anatomie Comparée

Une vitrine de Tératologie, étudiant les Monstres et les malformations congénitales

Des moulages colorés objectivant des maladies dermato-vénériennes

Différentes coupes anatomiques, des travaux de prosecteurs d'anatomie, des planches illustrées , venant enrichir cette collection..

Des souvenirs de ma vie étudiante se cristallisent dans un lieu proche, la Salle de Dissection, interdite ce jour pour des raisons de sécurité.

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Je ne peux m'empêcher de penser à cette première séance, dans cette vaste pièce aux froides tables de pierre, où je dois affronter la vision de ces cadavres rigides et grisâtres encore pleins de leur humanité. Des odeurs fortes et acres imprègnent ce qui est alors pour moi le temple de la science et les clés de mon avenir. Une tension palpable, aigüe, entoure la parole du prosecteur qui officie. Les premières incisions, enclanchent le rite d'une objectivation sacrée auquel REMBRANDT n'aurait pas été insensible. La communauté des '' Carabins '' s'affaire, silencieuse, en blouse blanche , un scalpel à la main. Progressivement une fumée apparaît et une odeur de tabac se mêle névrotiquement à celle du formol. Je n'oublie pas cette séance où chacun affronte l'angoisse de mort.

L'enseignement de l'anatomie a singulièrement évolué, chaque étudiant dispose actuellement, d'un ordinateur où des images tomodensitométriques en 3 D ne laissent rien ignorer des secrets anatomiques de l'être humain.

 En quittant ce lieu chargé de 800 ans d'histoire, de tolérance et d'humanité, je ne peux qu'être confiant et serein devant le passage de la tradition à l'ouverture didactique de l'enseignement réalisé par des maîtres de qualité au service de l'Idéal d'HIPPOCRATE.