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27/01/2014

SERGE POLIAKOFF : Le Rêve des Formes

Une rétrospective de 150 œuvres remet à l'honneur Serge POLIAKOFF au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris.

Ce peintre majeur de l'abstraction, de l'Ecole de Paris, est consacré par les grands historiens de l'art.

Migrant russe, fuyant la Révolution d'Octobre, il arrive à Paris en 1918, débute sa vie artistique en tant que guitariste dans les cabarets russes, avant de se consacrer entièrement à la peinture et à l'approfondissement de l'abstraction. Il se lie d'amitié avec KANDINSKY , Sonia et Robert DELAUNAY, et le peintre sculpteur Otto FREUNDLICH.

En 1929 il s'inscrit à la Grande Chaumière.

En 1947, il côtoie à Gordes SCHNEIDER et VASARELY.

En 1962, il devient français. ; .il expose à la Biennale de Venise.

Il s'éteint à Paris en 1969.

Le parcours de l'exposition nous montre son évolution, ses tâtonnements, ses recherches, sur la ligne, la forme, le fond, la matière, la planéïté, la couleur, la lumière. Sa quête du Graal, dépasse la sensorialité pour aboutir à une véritable Spiritualité, celle insufflée par sa mère, méditant devant l'iconostase de Saint Basile à Moscou.

La Ligne, en 1949-50, est dissociée de la Forme

La Matière, dès 1949-50, s'affirme. Elle est faite de pigments purs, de couches superposées. On y perçoit l'influence égyptienne, celle des icônes russes, des primitifs italiens.

Des Formes, plus ou moins géométriques, s'autonomisent, s'interpénètrent ou s'éloignent les unes des autres.

La Construction, binaire tout d'abord, puis avec un noyau central, devient multiple, parfois rayonnante.

On détecte la présence de la Section d'Or (1950-52). La courbe de Fibonacci, qui est la courbe de Vie, est sous-jacente.

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© ADAGP, Paris 2013 

La Couleur, basée sur des tons purs, superposés en glacis, laisse deviner une vie sous-jacente, intérieure, lumineuse, évoquant des vitraux ou la transillumination de de La TOUR.

POLIAKOFF considère que la matière a au moins deux couleurs, l'une intérieure, l'autre extérieure.

Il introduit la ''Musicalité'' dans sa peinture, ainsi que KANDINSKY ou Paul KLEE. Il parle de ''Sonorité'' dans ses couleurs, de ''Rythmes'', (1953-56), de ''Variations'', et si on compare les tableaux d'une même salle, de ''Polyphonie''. Bien sûr, on pourrait parler aussi de correspondance entre les notes et les couleurs.

POLIAKOFF, en illustrant ''Le Parménide de PLATON'', (1964), explicite ses préoccupations picturales, reliant l'un au multiple, les formes sensibles et intelligibles, mobiles et immobiles,(1958-63), identiques et dissemblables, (.1954-55).

La Composition''All-over'', favorise la Contemplation (1958-63).

Les tableaux s'épurent encore, en 1964-67. Commencés dans le tumulte, ils peuvent atteindre leur équilibre dans le Silence et la Sérénité.

Pour POLIAKOFF, une œuvre doit s'écouter et non se voir...

La ''Simplification'' est là (1967-69). Une seule forme, binaire, presque unitaire, un fond lumineux, une pure présence, spirituelle,''iconique''. 

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 © ADAGP, Paris 2013 

POLIAKOFF a introduit des notions essentielles qui ont enrichi l'l'Art Abstrait :

Une conception phénoménologique de la perception chère à MERLEAU-PONTY,

Une vision cadastrale d'un paysage intérieur et extérieur,

Il a créé progressivement une simplification, une sobriété, une tension harmonieuse, une musicalité et une vie dans ses toiles.

Il semble avoir retrouvé sa vérité, celle de sa spiritualité qu'il n'a céssé de chercher toute sa vie.

21/11/2013

LA RENAISSANCE et le RÊVE

Quel merveilleux souhait, mais quel défi, celui de peindre le rêve, de représenter l'irreprésentable à une époque émergente où VERROCCHIO et Léonard de VINCI proclamaient l'Annonciation, où RAPHAËL, GIORGIONE, Fra Filippo LIPPI célébraient la Nativité et où BOTTICELLI glorifiait la Naissance du Désir et l'Arrivée du Printemps !

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Mais quelles angoisses infernales devaient affronter les Jérome BOSCH, les BRUEGHEL, relayés par le terrible et divin MICHEL-ANGE dans ''le Déluge'' et ''le Jugement Dernier''!

L'Iconologie, les mots de la Psychanalyse et les recherches des Neuro-sciences, peuvent-ils nous permettre de comprendre les Rêves de la Renaissance ?

Le Musée du Luxembourg nous donne à voir et méditer cette vaste évocation onirique en une thématique allant de l'endormissement au réveil : ''La Nuit'', ''la Vacance de l'Âme'', ''les Visions de l'Au-delà'', l'Aurore et le Réveil'', que nous allons suivre :

La Nuit

Elle permet un sommeil réparateur et les rêves. Elle ouvre un espace-temps autre, plein des désirs ou des craintes du dormeur.

MICHEL-ANGE a réalisé une allégorie de la nuit, une femme nue endormie et sereine, lovée sur elle-même, les yeux clos. Cette sculpture, ornant le tombeau de Julien de MEDICIS, s'est révélée un modèle fécond, car imité par de nombreux artistes.

Battista DOSSI, a figuré une allégorie picturale de la nuit : une belle endormie, environnée d'une représentation onirique, un coq, une chouette, des monstres, un homme agitant un flabellum, et, à l'arrière-plan, un château en flammes.

LA Vacance de l'Âme:

C'est un concept inspiré par PLATON, élaboré par Marsile FICIN : L'âme se détache du corps, s'élève vers un principe supérieur, accédant à une inspiration poétique ou à une vision prophétique au voisinage des Idées ou du divin.

Lorenzo LOTTI, dans ''Apollon endormi'', voit les muses danser dans la futaie, à gauche, pendant que le dieu solaire sommeille.

''Le Songe de la jeune fille'' ou allégorie de la chasteté, du même peintre, évoque la jeune ''Laure'', celle de PETRARQUE, entre spiritualité et féminité, sous l'oeil concupiscent d'un Satyre.

''Vénus et l'Amour endormis'' traitent également du désir naturel et innocent propres aux mythes grecs.

Certaines visions sont tirées de la Bible ou de l'histoire sainte, comme ''Les rêves de Pharaon'' ou

''La Vision de Sainte Hélène'', de VERONESE,

''Le Rêve de Saint Catherine d'Alexandrie''.

Le GRECO nous offre ''Le Songe de Philippe II''en contemplation devant la représentation divine. Il n'est pas sans évoquer son tableau célèbre''L'Enterrement du Comte d'Orgaz'', dont l'âme s'élève vers le cortège céleste.

 

Rêves énigmatiques et Cauchemars :

Lorsqu'ils ne sont pas éclairés par une iconographie précise, certaines visions deviennent plurisémiques, laissant l'imaginaire du spectateur vagabonder à sa guise. Tel est le cas du ''Songe du Docteur'' de DÜRER''.

On voyait dans les Cauchemars l'intervention de Satan, le Séparateur, le Grand Transgresseur, faisant surgir des monstres, des hybrides, des ''grotesques'' pour châtier les pêcheurs de leurs vices.

Les œuvres de BOSCH, BRUEGHEL, Jan MANDIJN, sont remplies d'images démoniaques représentant des candidats à l'Enfer.

Dans le Polyptyque''Vision de l'Au-delà'', BOSCH fait miroiter d'un côté ''La montée des bienheureux vers l'Empyrée'' et ''Le Paradis terrestre'' et de l'autre ''La chute des damnés''et ''l'Enfer''.

La Vie n'est-elle pas un Rêve ?

C'est ce que suggère ''l'Allégorie de la vie humaine'' de MICHEL-ANGE. Le Pic de la MIRANDOLE inspire ce dessin où l'homme est invité à s'arracher aux plaisirs terrestres et ses préoccupations pour atteindre l'Eveil...

Mais l''Eveil n'est pas loin et l'Aurore est là. La Raison apollinienne va reprendre ses droits.

Dans ''Amour et Psyché'', de Jacopo ZUCCHI, Psyché, debout, déhanchée, une lampe brûlante à la main gauche, un sabre à la main droite, regarde le sexe de son amant recouvert seulement par une fleur... Quelle ambivalence !...

 

Comment interpréter les ''Rêves'' de la Renaissance ?

Sont-ils fort éloignés des nôtres en raison des mythes païens, des croyances religieuses, des visions poétiques ? Certes, mais nous pouvons retenir

   l'importance du Désir de l'autre, moteur érotique de la vie, associé à la Séduction et au Voyeurisme , la Recherche du ''Grand Autre'', dans la quête spirituelle et sublime du ''Réel'',

   l'importance des peurs et des angoisses transfigurant la ''Réalité'', entrelaçant l'Imaginaire. ''l'Angoisse de mort et de ''Castration'' sont là.

On ne peut qu'être sensibles aux mécanismes évidents des rêves, ''les Déplacements'', traduits par des métaphores, des ''Allégories''. Les ''Condensations'' correspondent à des ''Métonymies''.

Les rêves sont évidemment des ''Fantasmes''. On disait ''Phantasmata'', ce que MICHEL-ANGE a bien compris.

Dans les rêves, alors que la Laideur effraie, dysharmonique et mortifère, la Beauté éclate, harmonieuse et vitale.

On peut s'interroger devant l'ampleur des représentations d'angoisses de certains peintres du Nord.

Il faut faire intervenir le souvenir prégnant d'épidémies effroyables par leur importance comme celle de la Peste qui avait couvert les gens de bubons et de pustules.

Un mal inexpliqué, avait fait perdre la raison, donné des hallucinations, des brûlures intenses des mains et des pieds qui se gangrénaient et devaient être amputés. Cette maladie s'appelait le ''Feu de Saint Antoine'' ou ''le mal des Ardents''. Il était attribué à des écarts de conduite dont la sanction était la souffrance et la damnation éternelle.

Progressivement, cette terrible maladie devait être attribuée à l'ergot de seigle. On l'appela l'Ergotisme. Des alcaloïdes responsables sont dérivés de l'acide lysergique,comprenant entr'autre le L.S.D., un puissant hallucinogène.

Un tableau célèbre de BOSCH, ''La Tentation de Saint Antoine'' rassemble les tentatives d'explications religieuses de cette affection.

Les tableaux de l'exposition, ''Vision de l'Au-delà'', ''La Vision de Tondal'' sont à mettre en relation avec ce tableau paradigmatique.

 

 

 

26/09/2013

TRANS-MODERNITE ?

Chers Amis Internautes,

Après l'interruption estivale c'est avec plaisir que je reprends contact avec vous car j'aimerais connaître vos réflexions ou émotions après la découverte de lieux, de livres ou d'idées nouvelles et échanger avec vous les intérêts ou émotions ressentis.

Pour moi, un livre très dense qu'on ne peut lire qu'avec attention et application a orienté mes recherches et enrichi mes réflexions. Il s'agit du livre-catalogue de Bernard-Henri LEVY sur ''l'Art et la Philosophie'' ou ''L'Aventure de la Vérité'' . BHL, penseur-homme d'action considère que PLATON a attribué, jugé et induit un rôle mineur à l'Image et aux Arts par rapport à l'Idée, aux Concepts, bref à la Philosophie.

Mais, je me demande, cependant, s'il a interrogé l'importance des Valeurs qui ont influencé la civilisation gréco-judéo-chrétienne et notamment celles qu'on a appelées le Platonisme puis le Neo-Platonisme avec la notion de Beau, de Bien, de Vrai mêlant la Vérité à l'Esthétique et la Morale.

Une récente déambulation dans les lumières des Grands Magasins a prolongé et illustré cette méditation et suggéré des métaphores intéressantes. 

Aux Galeries Lafayette, deux blocs noirs de GUERLAIN et de Christian DIOR, au rez-de-chaussée, évoquent le pèlerinage de riches acheteurs internationaux. Les colonnades, les arcades et la coupole accentuent la perception mystique de la scène. Les valeurs du platonisme sont présentes, la Beauté apportant la caution de qualité, c'est à dire pour certains, la ''Vérité du produit'' au Bien-être des hommes communiant dans les valeurs de la société marchande.

Un autre exemple d'esthétisme platonicien s'est imposé à moi : Sur les Champs Elysées, Louis VUITTON présente de prestigieuses vitrines avec de véritables squelettes dorés de dinosaures, grandeur nature qui étincellent et arborent des sacs renommés pour le plus grand bonheur d'une clientèle mondialisée.

Au-dessus de la Boutique, s'est installé l'Espace Culturel Louis VUITTON, à l'image d'autre espaces culturels financés par des marques prestigieuses. Le thème actuellement traité est un thème où la philosophie, l'art et la psychanalyse s'entremêlent :

''Altérité, Je est un Autre '' http://www.louisvuitton-espaceculturel.com/index_FR.html

De jeunes artistes, photographes, dessinateurs, ''performers'', vidéastes du monde entier expriment leurs problèmes d'identité émergeant du groupe humain dont ils sont issus. Ils révèlent, d'une manière ''fractale'', les failles de leur inconscient individuel et collectif, la dualité de leur sexualité (androgynie, trans-sexualité...) et de leur culture (incomplétude de leur métissage, voire schizophrénie au sens anglo-saxon du terme), tensions mortifères de leur pays en conflit.

Tout ce qui est montré semble indiquer que la Culture et la Connaissance en devenir, viennent compléter les valeurs platoniciennes, enrichissant la communication, la diffusion des idées et l'ouverture aux autres et au monde.

On serait semble-il dans une Trans-modernité.

Je serais heureux de savoir si vous-même au travers d'expériences diverses avez eu cette même impression afin que nous puissions échanger sur ce sujet.

Bien amicalement.