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25/01/2013

La psychanalyse dans la cité

C'est le prochain ouvrage que va faire paraître Georges BOTET PRADEILLES, psychologue de formation psychanalytique. Son intérêt pour les amateurs de culture m'a semblé évident et c'est la raison pour laquelle je vous le propose.

En voici le condensé donné par son éditeur :

"Malgré les progrès scientifiques et sociaux, nous sommes de plus en plus seuls dans notre vie professionnelle et amoureuse. L'image envahissante et la communication superficielle effacent nos repères symboliques. L'intime de notre désir lui-même nous devient étranger. Seule la posture d'écoute, inspirée de la psychanalyse sait encore entendre le sujet désirant. Il ne s'agit pas d'être là, savant, compétent, empathique ou sage, mais d'attendre avec ce qu'il faut d'amour et d'intelligence, les retrouvailles de l'esprit dans l'énonciation de l'autre. Le "patient" retrouve ici une liberté qui n'est reconnue nulle part ailleurs. L'ésotérisme des écoles et la sécurité des cabinets ne sont même pas de rigueur. Voici un ouvrage décapant qui nous suggère une "Ecole sans maître" faisant sa matrice de l'humanisme et de la posture de la psychanalyse".

Georges BOTET PRADEILLES a déjà écrit de nombreux articles et publié, entre autres :

"Apologie de la névrose" / Ed. Persée / 2008

"Fallait-il tuer Socrate ?" / Ed. Persée / 2008

"Nouveaux propos sur le Bonheur" / Ed. Dédicaces / 2011

"Pourquoi encore la psychanalyse?" Ed. Dédicaces / 2012

Tous les amateurs de ce type de lecture prendront un grand plaisir à parcourir cet ouvrage et en sortiront enrichis.

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10/01/2013

RENOIR Film de Gilles Bourdos

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Près de Cagnes sur Mer, sur un sentier de campagne, une jeune femme flamboyante chevelure rousse au vent, flottant dans une robe orange, semble planer sur sa bicyclette. Elle s'arrête à un portail en fer forgé sombre. Elle cherche un certain Renoir.

Il est assis sur une chaise roulante, perclu de rhumatismes, sa femme est décédée depuis un an.

Il ouvre progressivement ses yeux mi-clos qui s'allument et scintillent de curiosité.

Elle s'appelle Andrée et se propose comme modèle. Contre toute vraisemblance, elle dit venir de la part de sa femme. Mais Matisse, un ami, qui n'est pas loin a pu y être pour quelque chose. Elle correspond à son attente avec une académie parfaite, une peau de pêche au grain velouté,des seins bien galbés.

Dans la Villa des Collettes où trois à quatre femmes s'activent autour du maître,les séances de pose vont se succéder. Il ne peut se passer d'elle. Son ardeur au travail est revigorée par sa beauté, sa vitalité, et son enthousiasme. Il en oublie ses douleurs qui le font gémir la nuit. De son pinceau fixé par des bandelettes à sa main  infirme, attentif, concentré, immergé dans la création de son oeuvre en devenir, Auguste Renoir caresse sur sa toile les chairs roses et bleutées qui palpitent à la lumière, il recherche l'essentiel, la simplicité de l'expression et du désir, la beauté à transmettre, bref, son testament.

Nous sommes en 1915, une guerre infernale fait rage, ses deux fils, au front sont blessés. Et voilà que Jean revient dans cet eden, sur des béquilles, la hanche broyée. Après la joie des retrouvailles, progressivement, une idylle se noue, avec discrétion et délicatesse entre Jean et Andrée, sous le regard consentant du maître de maison.

Andrée, après avoir inspiré et dynamisé le père, accompagne la convalescence du fils, restaure la confiance en lui et favorise son devenir cinématographique. Il deviendra le grand cinéaste que l'on connait : Jean Renoir. Elle sera, après la gerre l'actrice de ses quatre premiers films et sa première femme.

Dans ce film, le jeu des acteurs est excellent :

Michel Bouquet ''est'' littéralement Auguste Renoir.

Christa Théret, désirable et crédible est adorable. Sa voix faubourgeoise lui donne une certaine coquetterie.

Vincent Rottiers, dans le rôle de Jean Renoir semble promis à un bel avenir.

Guy Ribes, un authentique faussaire, auquel on a demandé de dévoiler en la reproduisant, la technique subtile de Renoir, nous a permis d'apprécier plus encore, le génie d'un des maîtres de l'impressionnisme.

La splendeur de certaines prises de vue réalisées par le directeur de la photographie, Ping-Bing Mark Lee, sous la houlette du réalisateur, Gilles Bourdos, est à la hauteur de l'enjeu pictural.

Pour ceux qui apprécient la peinture, cette fin de vie de Renoir est une méditation inoubliable.

07/12/2012

Chaïm SOUTINE : L'Ordre du Chaos ?

Le Musée de l'Orangerie, à Paris rend un vibrant hommage à ce peintre d'exception insuffisamment mis en lumière à ce jour. Rarement, un peintre aura paru s'investir autant dans son oeuvre au point de s'y incarner et de faire rayonner l'expression de son angoisse existentielle.

Chaïm SOUTINE nait en 1893 dans un territoire de l'Empire Russe, dans ce ''Yiddishland'' lituanien' appelé Litvak où les juifs se sentaient à juste titre enfermés. Il est le 10e enfant d'une fratrie de 11. Son père est un modeste tailleur. La vie est difficile. Il parvient à faire des études à Vilnius avant de gagner Paris, entrainé par deux condisciples. Il est logé par l'un d'eux à la ''Ruche'', et partage un atelier dans la Cité Falguière.

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Il se lie d'amitié avec MODIGLIANI, PICASSO, travaille temporairement comme porteur à la Gare Montparnasse. Il continue à vivre dans le dénuement. Des troubles digestifs apparaissent. Il est dépressif. Son ami KREMEGNE le tire d'un mauvais pas le jour où il tente de se suicider.

Par chance, ses oeuvres sont découvertes par le Dr BARNES , un collectionneur et mécène américain. Puis des marchands, comme Paul GUILLAUME , des amateurs d'art , des mécènes comme Madeleine CASTAING, Jonas NETTER, prennent le relais. Sa vie s'améliore. Il cotoie la société artistique (COCTEAU, MATISSE...), tout en gardant un tempérament solitaire et ombrageux. Ils apprécient la puissance expressive de ses tableaux, soutenue par une palette chromatique forte et contrastée, une personnalité tourmentée, s'appuyant sur une thématique classique ternaire faite de portraits, de paysages et de natures mortes.

LES PORTRAITS

Soutine étaye ses portraits sur celui de Charles VII fait par FOUQUET, peintre du 15è siècle. Les personnages sont assis, de face, la tête légèrement tournée sur leur gauche. On lit dans leurs yeux leur mélancolie, leurs doutes, leurs insuffisances, leur être en devenir. Les traits sont caricaturaux. L'autoportait appelé ''Soutine grotesque'' cumule les handicaps d'un ''désamour''.

''L'enfant de choeur'' est issu d'un tableau de COURBET, ''L'enterrement à Ornans''.

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Il donne à voir un être longiligne, pyramidal. Il est enveloppé d'un surplis blanc, ajouré, tel une dentelle, recouvrant une robe rouge. Son regard anxieux, sur un fond noir, quémande notre affection. L'influence du GRECO n'est pas loin, celle sur GIACOMETTI ne saurait tarder.

''Le Petit Patissier'' aux larges oreilles et au nez concave évoque le personnage principal des Demoiselles d'Avignon, de Picasso et nous fait pressentir les déformations à venir de F. BACON.

LES PAYSAGES

Ils sont soumis à des forces, des sentiments qui les déforment, les agitent, les déstructurent. Les maisons ondulent comme les cyprès de Van GOGH . Les troncs d'arbre se couchent, leur feuillage tourbillonne sous des rafales de vent. Les couleurs des toîts explosent d'oranges et de rouges éclatants contrastant avec les verts et les bleus de la végétation. Le ''Chaos'' est là.

''L'escalier rouge'', à Cagnes évoque une chimère : La ''métamérisation'' sanglante d'un annélidé sillonnant la verdure ?

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LES NATURES MORTES

Elles sont représentées au pied de la lettre.

''Le boeuf écorché'', inspiré de REMBRANDT, se décompose dans son atelier. Il est ravivé par des litres de sang rouge.

''La Raie'', tirée d'un tableau de CHARDIN est éviscérée, rougeoyante, pathétique et grimaçante, telle l'image de la ''mauvaise mère''. La pulsion de mort est encore et toujours présente.

Les faisans, poulets et autres volatiles expriment la souffrance de leur agonie dans leurs chairs bleuies, leurs plumes sagneuses et leur cri muet comme celui de MUNCH .

''Les Glaîeuls''rouges, torsadés et baroques interpellent les Iris de Van Gogh et offrent une bouffée d'oxygène.

SOUTINE, inclassable, aura traversé une vie difficile : issu d'un monde qui a connu l'enfermement, les pogroms et qui termine sa vie, en1943, sous les lois de Vichy.

L'angoisse existentielle est traduite dans le tragique de ses Natures en état de ''mort dépassée'', ses paysages ''chaotisés'', par la tempête et des forces téluriques, ses personnages dépressifs qui font quand même face à leur humanité.

Elle imprègne son être et son corps dans une affection psychosomatique qui aura été l'essence indiscible de son existence et cause de sa mort : une maladie ulcéreuse, symbolisée par ses Escaliers hémorragiques de Cagnes qui a entrainé une issue fatale.

SOUTINE est un chainon vibrant de l'histoire de la peinture. Il a été fidèle aux anciens, Fouquet, Rembrandt, Vélasquez, Géricault, Goya, Chardin...

Il a poursuivi la flamme de Van Gogh, inspiré les déformations de F. BACON, De Kooning et initié l'expressionnisme lyrique.

Il se présente comme un des plus grands peintres actants du XXe siècle.