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16/02/2012

POURQUOI ENCORE LA PSYCHANALYSE ?

Après les critiques et les attaques contre FREUD et la Psychanalyse, Georges BOTET PRADEILLES, Psychanalyste, Docteur en Psychologie, écrivain, dans ce magistral essai, répond aux questions que tout un chacun se pose.

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Il écrit :

 << La psychanalyse? Rien n'est plus simple. C'est trouver un lieu, un témoin et recevoir l'autorisation de rendre votre pensée et votre imagination libres, mobiles et réversibles. Le temps est aboli. Toute mise en scène est différée. On ne subit là aucune autre pression que de trouver les mots qui signifient notre désir et sans nous engager à quoi que ce soit. On peut réélaborer ce qui resta inachevé, retrouver les mots qui ne furent pas dits et même reconstruire imaginairement ce qui fut perdu. Le possible nous est rendu. Nous redécouvrons notre place dans notre histoire dont le sens évolue et se restaure sans cesse. Il suffit d'oser dire ce qui vient et revient. Sans intention, sans crainte, sans tabou. Parler sans ce semblant qu'on met partout ailleurs pour prendre place, convaicre, séduire, tenir pied, sauver peut-être une certaine face.

Le psychanalyste n'est pas là pour conseiller, se substituer au savoir. Il est seulement ce témoin nécessaire pour aller vers l'Autre au-delà des craintes, des résistances et des illusions de ce Moi solitaire où l'on se fortifie. On rencontrera peut-être au terme de ce chemin l'autre et une meilleure culture. On construit un savoir vivre qui fait pendant à ce savoir mourir dont notre époque fait farouchement le déni. Cela s'explique peu, mais s'entend dans de nouveaux degrés de liberté de parole et de nouvelles déclinaisons de son propre rôle que l'on invente au fil de la découverte de nouveaux supports symboliques.

L'expérience vient à point dans l'explosion des familles et le déclin irréversible des rudes valeurs du siècle dernier. Dans un monde post moderne décloisonné et sans repère, la psychanalyse ne libère plus le sujet de ses contraintes, elle le reconstruit.

Pourquoi encore la psychanalyse ? Il n'y a pas de réponse autre que cette nécessité de se donner un espace humain subjectif vivable entre inconscient et conscient, entre l'affectif et le savoir, quand tout devient objet, y compris soi-même>>.

09/02/2012

TAPIES, le triomphe du ''Signe''

Un des plasticiens qui a révolutionné, par sa ''praxis'' et sa ''doxa'', la seconde moitié du XX° siècle, Antoni TAPIES, vient de s'éteindre le 6 Février 2012.

Pour voir les oeuvres d'Antoni TAPIES, cliquez ici : OEUVRES

BIOGRAPHIE

Il nait à Barcelone en1923. Son père est avocat. Sa famille maternelle est dans l'édition et la vente de livres.

En 1940, une grave affection pulmonaire interromp ses études de droit. Il s'intéresse alors à la littérature, la philosophie, la musique et bien sur, à l'art auquel il va consacrer bientôt sa vie. Il s'intéresse ultérieurement à la pensée orientale, la pensée Zen, le Bouddhisme.

Il subit la tragédie de la guerre civile espagnole et le franquisme.

Il est introduit auprès de Picasso, se lie d' amitié avec Miro et avec Paul Klee.Il est séduit par les provocations du Dadaïsme, influencé par le Surréalisme qui génère sa première période picturale.

Avec le poète catalan Joan Brossa, il fonde le mouvement ''Dau al Set'' (la 7° face du dé'').

En 1950, il expose à Barcelone, et deux ans plus tard, il est retenu par la Biennale de Venise.

Il s'oriente alors vers l'Abstraction.

Lors de ses recherches et pratiques innovantes, il intègre dans sa peinture des objets divers.

Sa renommée devient progressivement internationale.

Il influence l'Arte Povera.

Il collabore avec de nombreux artistes, dont, Antonio SAURA, Enrique TABARA, Manolo MILLARES.

Ses oeuvres se couvrent de symboles, d'écritures, d'objets de plus en plus volumineux.

Il est perméable aux idées de la Pop Art.

Il crée la Fondation Tapies, à Barcelone dans l'ancienne maison Montana i Simon où il rassemble ses oeuvres ainsi qu'une vaste bibliothèque.

La reconnaissance internationale le couvre de prix et de distinctions.

Il est élevé par le roi d'Espagne au titre de Marquis de Tapies, en 2010.

L'OEUVRE

Son oeuvre est considérable. On reconnaît ses toiles, son style, son univers par ses constantes.

La ''Matière'' semble en être l'objet et l'horizon.

La ''Texture'' de ses toiles est hérissée d'ojets divers. Elle ne permet pas de définir une frontière nette entre peinture et sculpture. Celle-ci prend de plus en plus d'importance, s'autonomise et prend son indépendance.

La ''Pâte'', basique est faite d'un agglomérat de colle, de poussière d'argile et de marbre. Elle enserre des objets divers, usagés et banaux, comme des cordes, des fragments de draps, des papiers lacérés, des morceaux de bois.

La Couleur est terreuse, bistre, beige, blanchâtre, parfois noire, rarement relevée d'une tache ou d'une griffure rouge-sang, d'un bleu-ciel.

Des ''Signes'' apparaissent, noirs sur fond clair. Les croix sont nombreuses, des signes de multiplication, des chiffres, de 1 à 4.

L'INTERPRETATION est aventureuse, mais elle permettrait de pénétrer l'Art Contemporain et les méandres de la Création.

Tapiès apparaît a priori comme un ''matiériste'', occupé de la matérialité émergente de la ''Réalité'', engluée dans la pâte de son temps.

Il n'en exprime pas moins des préoccupations métaphysiques au sens littéral et spirituel du terme.

Sa longue étude de la philosophie méditative orientale lui a fait prendre conscience de la correspondance entre un objet banal et le cosmos, ainsi qu'il l'a exprimé dans certaine interview. La finitude de l'objet et de la vie sont dans son champ de conscience.

La dimension ''Symbolique'' de ses oeuvres est au premier plan ainsi qu'on peut le supposer en faisant une analyse du ''Signifiant'' et du ''Signifié dans son oeuvre.

En effet, par la répétition, Tapies nous fait signe ainsi que nous l'avons vu,créant ainsi un méta langage.

Le SIGNE, comme le disent les linguistes, se décompose en Signifiant et en Signifié.

Le Signifiant, c'est la trace visible, c'est à dire le trait, la forme, la couleur, la matière...

Le Signifié, c'est le Sens apparent ou latent.

Tapies lui-même, des commentateurs, nous éclairent :

Le signe + serait l'équivalent d'une croix de cimetière, des victimes du franquisme, des guerres.

Tapies ajoute que le T de Tapies est l'équivalent d'une croix et qu'il signe ses toiles par une +.

Les Murs. Dans cette série de tableaux, la signification va dans le même sens,puisque Tapies en catalan veut dire ''mur'' ! Ainsi il a créé des ''Toiles-murs'' où il semble se projeter comme dans autant d'autoportraits.

Les Déchets. Quel sens donner à ces objets qui parsèment ses tableaux? LACAN, d'une manière provocatrice affirme ce que nous n'osons pas envisager encore: Il dit, s'adressant à des psychanalystes : <<Etre un déchet est ce à quoi aspire sans le savoir quiconque est un être parlant>>. Et on rejoint la Bible : <<Tu es poussière et tu retourneras à la poussière>>.

On comprend ainsi les angoisses d'une personne qui a eu des problèmes pulmonaires et qui a traversé deux guerres.

Ce qui semble important à souligner, c'est l'identification de Tapies aux Signifiés : Mort, Anéantissement, Matière et aux Signifiants qui représentent son oeuvre : + , Mur, Matière.

 

27/01/2012

''TOUT AU BOUT'' - Bernard PAGES

Bernard PAGES a participé pragmatiquement à la Déconstruction refondatrice de la sculpture.

Né en 1940 dans le Lot, il vit ses premières années à la campagne au contact avec la Nature. Ce contact, il le conservera toute sa vie en dehors de ses périodes de formation.

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Il monte étudier à Paris, dans un atelier d'Art Sacré.

Installé dans l'arrière pays niçois, il découvre en 1965, les Nouveaux Réalistes (Martial RAYSSE, Yves KLEIN, ARMAN ), ce qui procure de la liberté à ses sculptures.

Il se sent proche des peintres qui conceptualisent et mettent en oeuvre, en 1969, le Mouvement Support / Surface ( Claude VIALLAT, BIOULES, DEZEUZE ). Les matériaux qu'il utilise sont basiques : terre, plâtre, ciment...Il collecte de plus des objets hétéroclites qu'il classera ultérieurement en séries dans un vaste hangard-atelier : bois, branchages, grillages, tôles ondulées, plastiques, briques...

 Des expositions importantes jalonnent progressivement sa vie:

….Beaubourg ( 1982-1983 )

CAPC de Bordeaux ( 1984-1985 )

MAMAC assez récemment.

Il réalise une série de Colonnes inspirées de BRANCUSI (1979-1985 ).

Des commandes publiques lui ont permis la création d'oeuvres monumentales à Aix, Vence, Marseille...

La visite de l'exposition au Carré Sainte Anne, à Montpellier permet de découvrir six oeuvres d'assez grande taille:

''Surgeon III''

Il apparaît, dès le nartex de cette église débaptisée, sur un socle plat, de pierre blanche. Une poutrelle d'acier oxydé, sombre, s'élance, élégante et vigoureuse, à l'extrémité torsadée, rouge-sang. Ces trois parties, bien distinctes par leur couleur, leur volume, leur silhouette. L'Abstraction laisse la place à l'Imaginaire, puis à une Symbolique polysémique.

 

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A l'intérieur, un vaste espace est rythmé par les hautes fûtées des colonnes et des vitraux étroits. Des structures étranges, telles un sous-bois tapissent cet entrelac. Deux lignes obliques cassent volontairement la sérénité des lieux : ''Les Fléaux'' et ''Les Pierres Roses''.

''Les Fléaux''

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Un alignement de dolmens nous accueille à une porte latérale. Chaque élément est ternaire, constitué d'un bloc de béton rose-chair surmonté d'un épais fil d'acier torsadé, brandissant un long cylindre de bois, menaçant. Chaque visiteur est plongé dans des sensations et des interprétations multiples.

''Les Pierres Roses''

Une formation biomorphe, annulaire évoquant un squelette fossile est constitué de onze éléments.

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Chaque module comprend une pierre blanche, carrée , recouverte d'une peau rose, flanquée de chaque côté d'un hémi-bidon métallique déformé aux couleurs sombres, bleu-vert aux reflets rougeâtres.Il est surmonté d'un long flagelle d'acier effilé et flexueux.

''Le Pal''

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Il exhibe tel un canon dressé, un énorme cône de pin implanté sur une base de plaques carrées faites de métal oxydé. La symbolique phallique est assez évidente.

''Torse II''

Il comprend trois portions bien distinctes : DSCN7920.JPG

Un tronc de bois noir,

Un tube métallique jaunâtre à section carrée,

Une fine extrémité effilée.

On est frappé par l'aspect torturé de cette oeuvre où la mort n'est pas absente.

''Tout au Bout''

Cette longue tige d'acier dressée, de 6,60 m, vert-chlorophile défiant la pesanteur, apparaît dans un déséquilibre fragile. Elle est solidement tenue par une double machoire de fer. A son sommet danse une couronne de lettres scintillantes composant le titre de l'exposition. Tout l'élan vital, spirituel, toute la tension ontologique prête au dépassement, tout est là.

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 Au terme de cette exposition on peut entrevoir ce qu'a apporté Bernard PAGES :

  • Une libération de la figuration objective.

  • Une hétérogénéïté des matériaux et une opposition entre des éléments naturels (bois, métal ,pierre) et des produits industriels (béton, tôles,céramiques...).

  • Une recherche sur les limites,( notamment de l'équilibre) et les extrémités d'une sculpture.

  • Une confrontation avec le temps, la trace, les empreintes...

  • La préoccupation d'une symbolique polysémique.

  • L'affrontement entre une pulsion de vie et de mort.

  • Un clivage entre le Signifiant et le Signifié.

  • Une poétique sensible et méditative de la Nature.

  • Une tentative de Sublimation d'une base tellurique à un élan vital, ontologique et spirituel.