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06/03/2012

LES DEUX JOCONDE

La mise en lumière, après restauration, au Musée du Prado, d'une excellente copie du chef d'oeuvre de Leonard de VINCI , annoncée par le ''Journal de l'Art britannique'',et confirmée par Madrid, permet de relancer l'intérêt de la Communauté Internationale pour cette oeuvre mythique.

Les deux tableaux de Mona Lisa sont présentés en parallèle au Louvre dès le 26 Mars 2012.

http://cultura.elpais.com/cultura/2012/02/01/actualidad/1...

Des experts s'autorisent à penser que la copie aurait été réalisée dans le même atelier et en même temps que l'original par un disciple proche de L.d.V.

La comparaison de ces deux tableaux va certainement permettre de mieux comprendre la genèse de La Joconde et les relations de L.d.V. avec son modèle.

Sans préjuger des découvertes à venir , que peut-on observer et dire dès à présent ? Que peut-on supposer ?

Le ''Clone madrilène''

éclairci, paraît plus jeune, débarassé de ses vernis.

Son arrière-fond, qui était complètement repeint en noir, réapparait analogue à celui de l'original. C'est à peine si on observe que l'équilibre droit et gauche des plans d'eau est respecté. (Mais, en supprimant les vernis de la Joconde du Louvre n'aurions-nous pas les mêmes effets ?).

Le Sourire est assez proche.

Le Regard est centré sur l'observateur. Son oeil gauche nous fixe.

Le Front est moins haut.

La Gorge est moins marquée.

La ''Joconde originale''

Malgré la surcharge de vernis,

Le Sfumato donne une profondeur temporelle et psychologique importante.

Le Regard n'est pas rivé sur nous mais glisse sur notre droite et derrière nous, vers un ailleurs innommable.

Le front est plus vaste.Certainement plus haut comme on peut le percevoir en le comparant d'une manière fine avec un curseur (cf lien ).

La Gorge est plus profonde. Les seins sont plus présents.

Les différences que l'on constate montrent que les observations du copiste et les préoccupations du Maître sont divergentes. Elles pourraient renvoyer à l'histoire de L.d.V..

D'un côté Mona Lisa est une jeune et belle femme, réaliste qui nous observe, et de l'autre, il y a une mère au regard perdu, méditatif et dont le corps baigne dans un clair obscur mystérieux.

Qui est le modèle ?

Avancé par VASARI, attesté par un manuscrit découvert à Heidelberg, il semble s'agir de Mona Lisa Gherardini del Giocondo, née en 1459, troisième épouse de Francesco del Giocondo, un marchand de soie florentin. Elle aurait été présentée à L.d.V. par son père qui a une propriété voisine.

D'autres historiens ont cependant hésité devant d'autres possibilités. Il pourrait s'agir de:

Catherine SFORZA, Princesse de Forli, à cause de la ressemblance d'un portrait peint par Lorenzo di Credi, un ancien camarade d'atelier de L.d.V L lorsqu'il fait ses débuts chez VERROCCHIO.

Constance d'AVALOS, Duchesse de Francavila, aimée de Julien de MEDICIS, frère du pape LEON X. L.d.V. en aurait fait le portrait ainsi que l'atteste un poème. Cette femme exceptionnelle qui règne ultérieurement dans le château d'Ischia laisse une empreinte sur la Renaissance.

Isabelle d'ESTE, épouse de François de GONZAGUE, marquis de Mantoue.

Andrea SALAI, disciple et compagnon de L.d.V. , car il existe une similitude avec des tableaux pour lesquels il aurait été pris comme modèle: ''Saint Jean-Baptiste'', ''l'Ange'', ''La Vierge,l'enfant Jésus et Sainte Anne'' : http://fr.wikipedia.org/wiki/Salai.

 Que représente la Joconde pour L.d.V. ?

Dans l'hypothèse la plus vraisemblable, celle de Lisa del Giocondo, il est à noter qu'elle aurait eu après son mariage et avant 1503, 3 enfants: La cadette est décédée en 1499, et le 3e, Jérome est né en1502. Ainsi c' est en deuil de sa fille de quatre ans et avec une maternité récente qu'elle se présente devant L.d.V..

De son côté, L.d.V. a une histoire qui fait écho: Il est l'enfant illégitime d'un père notaire, Chancelier et Ambassadeur de la République de Florence et d'une Paysane. (certains parlent d'une esclave.)

Il est retiré très rapidement à sa mère avant d'être admis définitivement à l'âge de 5 ans dans la famille paternelle. Les femmes successives de son père prennent grand soin de lui ainsi que ses grands parents.

Mais parvient-il à oublier le visage de sa mère dont la ''Gestalt'' a marqué à jamais sa psyché?

N'est-ce pas ce visage qui le hante dans les différents visages qu'il représente tout au long de sa vie et dont on remarque la ressemblance? Est-ce un hasard si Constance d'AVALOS ressemble à SALAI?, Si Saint Jean a la même morphologie que la Joconde?

Freud lui-même pense que Mona Lisa serait l'évocation de sa mère.

En conclusion...

Les deux Joconde, par les différences imperceptibles qu'elles manifestent, permettent de suspecter le rôle de ''la mère'' chez les femmes rencontrées et peintes par L.d.V.

A travers une quête personnelle, celle d'un visage maternel idéalisé, L.d.V. semble atteindre un idéal d'humanité, (ce que ne contrediraient pas LEVINAS et RICOEUR).

On le comprend alors lorsqu'il dit: <<Facile cosa é farsi universale>>. (Il est facile à un homme de se rendre universel.)

Le rayonnement de la Joconde, passant par RAPHAËLet les artistes de la Renaissance, parvient jusqu'à nous comme une icône dont la Présence nous émeut.

27/01/2012

''TOUT AU BOUT'' - Bernard PAGES

Bernard PAGES a participé pragmatiquement à la Déconstruction refondatrice de la sculpture.

Né en 1940 dans le Lot, il vit ses premières années à la campagne au contact avec la Nature. Ce contact, il le conservera toute sa vie en dehors de ses périodes de formation.

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Il monte étudier à Paris, dans un atelier d'Art Sacré.

Installé dans l'arrière pays niçois, il découvre en 1965, les Nouveaux Réalistes (Martial RAYSSE, Yves KLEIN, ARMAN ), ce qui procure de la liberté à ses sculptures.

Il se sent proche des peintres qui conceptualisent et mettent en oeuvre, en 1969, le Mouvement Support / Surface ( Claude VIALLAT, BIOULES, DEZEUZE ). Les matériaux qu'il utilise sont basiques : terre, plâtre, ciment...Il collecte de plus des objets hétéroclites qu'il classera ultérieurement en séries dans un vaste hangard-atelier : bois, branchages, grillages, tôles ondulées, plastiques, briques...

 Des expositions importantes jalonnent progressivement sa vie:

….Beaubourg ( 1982-1983 )

CAPC de Bordeaux ( 1984-1985 )

MAMAC assez récemment.

Il réalise une série de Colonnes inspirées de BRANCUSI (1979-1985 ).

Des commandes publiques lui ont permis la création d'oeuvres monumentales à Aix, Vence, Marseille...

La visite de l'exposition au Carré Sainte Anne, à Montpellier permet de découvrir six oeuvres d'assez grande taille:

''Surgeon III''

Il apparaît, dès le nartex de cette église débaptisée, sur un socle plat, de pierre blanche. Une poutrelle d'acier oxydé, sombre, s'élance, élégante et vigoureuse, à l'extrémité torsadée, rouge-sang. Ces trois parties, bien distinctes par leur couleur, leur volume, leur silhouette. L'Abstraction laisse la place à l'Imaginaire, puis à une Symbolique polysémique.

 

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A l'intérieur, un vaste espace est rythmé par les hautes fûtées des colonnes et des vitraux étroits. Des structures étranges, telles un sous-bois tapissent cet entrelac. Deux lignes obliques cassent volontairement la sérénité des lieux : ''Les Fléaux'' et ''Les Pierres Roses''.

''Les Fléaux''

DSCN7908.JPG

Cliquez sur la photo pour l'agrandir

Un alignement de dolmens nous accueille à une porte latérale. Chaque élément est ternaire, constitué d'un bloc de béton rose-chair surmonté d'un épais fil d'acier torsadé, brandissant un long cylindre de bois, menaçant. Chaque visiteur est plongé dans des sensations et des interprétations multiples.

''Les Pierres Roses''

Une formation biomorphe, annulaire évoquant un squelette fossile est constitué de onze éléments.

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Chaque module comprend une pierre blanche, carrée , recouverte d'une peau rose, flanquée de chaque côté d'un hémi-bidon métallique déformé aux couleurs sombres, bleu-vert aux reflets rougeâtres.Il est surmonté d'un long flagelle d'acier effilé et flexueux.

''Le Pal''

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Il exhibe tel un canon dressé, un énorme cône de pin implanté sur une base de plaques carrées faites de métal oxydé. La symbolique phallique est assez évidente.

''Torse II''

Il comprend trois portions bien distinctes : DSCN7920.JPG

Un tronc de bois noir,

Un tube métallique jaunâtre à section carrée,

Une fine extrémité effilée.

On est frappé par l'aspect torturé de cette oeuvre où la mort n'est pas absente.

''Tout au Bout''

Cette longue tige d'acier dressée, de 6,60 m, vert-chlorophile défiant la pesanteur, apparaît dans un déséquilibre fragile. Elle est solidement tenue par une double machoire de fer. A son sommet danse une couronne de lettres scintillantes composant le titre de l'exposition. Tout l'élan vital, spirituel, toute la tension ontologique prête au dépassement, tout est là.

DSCN7916.JPG

 Au terme de cette exposition on peut entrevoir ce qu'a apporté Bernard PAGES :

  • Une libération de la figuration objective.

  • Une hétérogénéïté des matériaux et une opposition entre des éléments naturels (bois, métal ,pierre) et des produits industriels (béton, tôles,céramiques...).

  • Une recherche sur les limites,( notamment de l'équilibre) et les extrémités d'une sculpture.

  • Une confrontation avec le temps, la trace, les empreintes...

  • La préoccupation d'une symbolique polysémique.

  • L'affrontement entre une pulsion de vie et de mort.

  • Un clivage entre le Signifiant et le Signifié.

  • Une poétique sensible et méditative de la Nature.

  • Une tentative de Sublimation d'une base tellurique à un élan vital, ontologique et spirituel.

 

17/01/2012

LES SUJETS DE L'ABSTRACTION

Le Musée FABRE de Montpellier Agglomération présente après Genève une exposition de 101 oeuvres de la Fondation GANDUR ayant pour thème ''Les Sujets de l'Abstraction''. Elle correspond à la Seconde Ecole de Paris s'étalant de 1940 à 1960, au moment où Paris était encore la capitale mondiale de l'art.

L'exposition, très didactique, met en lumière les différentes forces qui ont imposé leurs contraintes autour de la seconde guerre mondiale.

Nous envisagerons successivement les différentes thématiques ci-dessous:

1 PERIODE DE SYNTHESES:

Elle est apparue sous l'occupation, vers 1941 et notamment chez les élèves de BISSIERE : Jean BAZAINE, Alfred MANESSIER, Jean LE MOAL, Maurice ESTEVE. Ils se sont référés à la tradition nationale intégrant les réseaux géométrisants post cubiques et les couleurs pures du fauvisme.

2 LES PRIMITIVISMES:

Ils émergent à la fin de la guerre. Les toiles sont alors le reflet d'une matériologie pauvre, d'un inspiration instinctuelle et primaire, d'un déchainement de violence et de dysharmonie. Ce primitivisme est illustré par FAUTRIER, WOLS, et les membres du groupe CoBrA comme Karel APPEL, Asger JORN.

3 RECONSTRUCTIONS :

En parallèle avec l'évolution des sociétés européennes qui se reconstruisent, les peintres intériorisent une élaboration réparatrice de leur monde intérieur et extérieur :

Nicolas de STAËL réalise des maçonnages à la truelle avec une ''matière-couleur'' superposée, disperée, étalée. Il caractérise lui-même sa toile de ''mur'' où il projette ses conflits .

Serge POLIKOFF a une vision cadastrale faite de polygones irréguliers, emboités et colorés tels une terre vue du ciel.

4 LES GESTES :

Ils sont une des caractéristiques de l'Ecole de Paris.

Jean DEGOTTEX dépasse la subjectivité d'un geste intérieur pour engager un dialogue agressif avec la toile. Il traduit aussi l'influence orientale calligraphique et Taoïste.

Emilio VEDOVA, associe plusieurs pratiques gestuelles telles que des stries, des projections, des empreintes étirées de doigts et de mains.

Hans HARTUNG et Gérard SCHNEIDER enrichissent et complexifient cette méthode.

Georges MATHIEU réalise de véritables ''Performances'' avec une grande ''Expressivité'' et un certain ''Lyrisme''. On le voit bondissant devant de grandes toiles, zébrant avec de longs pinceaux, parfois à même le tube, un fond vibrant, d'éclairs rouges et blancs.

5 DES PAYSAGES :

Les paysages intérieurs s'extériorisent sous des influences diverses.

Chez Viera da SILVA, dans ''Paris , la nuit'', les espaces et les perspectives se tordent en des miroitements multiples à partir d'une ''scène primitive''.

RIOPELLE offre un vaste tableau rayonnant, polycentrique, en réseau.

Ces deux oeuvres semblent avoir inspiré le tableau hypercontemporain de Kobori REIKO, ''Le Net''.

ZAO WU KI et CHU TEH CHUN apportent leur culture, leur écriture et leur sensibilité à fleur de peau.

6 LES RUINES

Le travail de deuil se poursuit, l'autodépréciation s'insinue et se théorise.

1950 1960, la ruine est assumée. On note :

Un abandon de la touche picturale,

Le choix de matériaux bruts et pauvres,

Des gestes destructeurs

C'est ce que l'on voit dans la matériologie de Jean DUBUFFET, les sacs cousus d'Antoni TAPIES, les lacérations d'affiches de VILLEGLE, les oeuvres composites d'Albert BURRI.

7 Pierre SOULAGES

Il absolutise le noir, passant de la matière noire à la réflexion moirée de la lumière.

Un des tableaux présenté dans la collection Gandur semble particulièrement intéressant et correspond à la période 1950 : Sur un fond gris-bleu, horizontal, des structures noires, faites de paralleloïdes brisées, dressées, s'inclinent progressivement à la manière des aveugles de BRUEGHEL. Ces traces signifiantes, ces Dolmens inspirateurs, ces Stèles signifiées, apparaissent empreintes de la ''pulsion de mort'' et de la chute civilisationnelle dont elles sont le Signe.

CONCLUSION

La collection GANDUR évoque magnifiquement la période de l'abstraction de la Seconde Ecole de Paris de 1940 à 1960.Elle a permis de prendre conscience d'une étape capitale de l'Histoire de l'Art Abstrait avec :

La Synthèse entre le Post cubisme et le Fauvisme par les suiveurs de BISSIERE

La sidération de la peinture chez des Primitivistes comme FAUTRIER ou WOLS

La violence réactionnelle du mouvement CoBrA

Les Reconstructions, notamment chez un Nicolas de STAËL

La reprise de l'Elan Vital dans la Gestuelle culminant chez Georges MATTHIEU

L'extériorisation de paysages intérieurs chez Viera da SILVA ou ZAO WU KI

La déconstruction dans un travail de deuil chez TAPIES

Le dépassement dans la quête de la lumière par delà le noir chez SOULAGES

En 1960, L'Ecole de Paris transmet temporairement le flambeau à celle de New York qu'elle a contribué à former.