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05/02/2013

Edward HOPPER

L'exposition HOPPER qui vient de se terminer au Grand Palais (www.grandpalais.fr/grandformat/exposition/edward-hopper/) confirme l'engouement du public pour des peintres que soutient leur société de référence et dont la peinture, facilement identifiable, a un fort potentiel d'identification.

Né en 1882 à Nyack, village sur les bords de l'Hudson, ce peintre pétri d'influences européennes semble avoir incarné un naturalisme américain dans un clivage nature / culture, analysant et décrivant la classe moyenne et la société moderne américaine en mutation. Il projette un regard mélancolique et distancié sur la solitude des êtres et leur incommunicabilité.

A New York, sa formation artistique est marquée par l'enseignement de Robert HENRI, peintre réaliste de la vie urbaine, membre de l'Ash Can School.

Il séjourne à Paris à trois reprises, de 1906 à 1910. Il visite également les différentes capitales artistiques européennes, confirmant son attachement au vieux continent et à la francophilie.

Les influences artistiques et littéraires qu'il a subies sont multiples :

Il est sensible à REMBRANDT, VERMEER, VELASQUEZ, mais également à MANET, GOYA, DEGAS, et au vingtième siècle, à MAGRITTE, de CHIRICO, BALTHUS, MODIGLIANI et SOUTINE. Après avoir apprécié l'Impressionnisme, il découvre l'Expressionnisme allemand.

Il s'intéresse aux lettres et au monde de l'inconscient. Il lit avec intensité RIMBAUT, EMERSON, PROUST, mais également les pièces réalistes d'Henri IBSEN.

Les théories de FREUD et de JUNG stimulent son monde intérieur.

De retour aux Etats-Unis, il crée deux ateliers, l'un à Greenwich Village, en plein Manhatan, l'autre au Cap Cod, en Nouvelle Angleterre, face à l'ocean, orientant sa production vers les structures urbaines et vers la nature.

Il épouse Joséphine NIVISON en 1924, surnommée ''Jo'', une femme de caractère, peintre et dessinatrice qui sera son unique modèle.

La surdité, remarquée tôt par un jeune galériste, semble déterminante dans son isolement, le silence de ses personnages et peut-être sa mélancolie.

Quelques oeuvres vont marquer son évolution, son émergence, sa notoriété et sa consécration :

''The house by the railroad'' 1925

''Hôtel room'' 1931

''Nighthawks'' 1942

''People in the sun'' 1960

The house by the railroad

Il s'agit d'un manoir dépouillé de tout environnement, barré à sa base par un rail. Il est de 3/4, tel un visage. Un soleil, venant de la gauche, comme dans les tableaux de Vermeer, presque au zénith, sculpte les facettes orthogonales, accroit les ombres et les mystères. Des fenêtres bigéminées, structurées et symétriques, semblent tourner leur regard dans toutes les directions, vers un passé lumineux à gauche, un futur incertain à droite. Les différents styles qui le composent ajoutent une dimention temporelle : les doubles colonnes doriques et les différents arcs évoquent un temple grec, les fenêtres la Renaissance, les mansardes, Paris, le corps droit du batiment, un beffroy nordique. S'agit-il pour Hopper d'un patchwork européen de l'amérique ? L'absence de train sur des rails immobiles, le désert humain dans cet édifice sacralisé et mortifère pose question, angoisse et touche à l'innomable. De même qu'il projette sur cette maison son monde intérieur, chacun de nous peut y investir des visions personnelles. C'est ce qu'a fait HITCHCOCK dans son film ''Psychose''.

Hôtel Room

Dans une chambre d'hôtel au rideau blanc, une femme à demi vêtue, au bord du lit est plongée dans la lecture d'un livre. Ses bagages sont à ses pieds. L'iconographie nous informe que c'est l'attitude de Bethsabée, peinte par Rembrandt, Bethsabée convoitée par le Roi David qui a mené à la mort son mari. Le livre est en fait un annuaire . On pense alors à Odette, dans un ''Amour de Swann'', de Proust qui fantasmait sur le retour de l'homme qu'elle aimait. Le livre serait la condensation des préoccupations de Hopper pour la réflexion, l'imaginaire, le monde intérieur, la culture. Chez Rembrandt, la Vierge Marie lisait.

Nighthawks 

Le titrenous vient de Hawks, les faucons et en argot les tueurs. On pourrait donc traduire par les oiseaux de proie nocturnes. Ce tableau est inspiré d'une nouvelle d'HEMINGWAY, ''The killers''.

Quatre personnages dans un bar, éclairé au néon, séparé de la rue, sombre et inquiétante par une vitre arrondie, la nuit. Sous nos yeux un huis clos. Malgré la chaleur d'une femme rousse, les relations avec son compagon sont froides. Il n'y a pas de véritable communication. Un homme portant également un feutre nous tourne le dos. Il est inquiétant. Un serveur au bonnet de ''marine's'' s'active (la base de Pearl Harbourg vient d'être attaquée).

On imagine de nombreuses scènes possibles, des relations de couple, multiples, des histoires de gangster alimentées par des hommes au chapeau d'Al Capone.

On est loin du tableau de Rembrandt ''Ronde de nuit'', ''Night Watch'' qui peut par assonance évoquer le titre. Ce tableau mythique est à l'apogée d'un certain réalisme américain et a inspiré des polars.

People in the sun

Quatre hommes et femmes sur une chaise longue, côte à côte, face au soleil et à une chaine de montagnes, méditent, solitaires en jouissant de la vie.

Un cinquième lit tourné vers la culture, signifié par le livre.

Faut-il porter un jugement sur l'incommunicabilité des êtres ou sur le bonheur d'être là, solitaire, unique, mais heureux peut-être ?

En conclusion, Edward HOPPER est devenu le symbole du naturalisme américain après avoir synthétisé des influences européennes. Il a médité sur la nature humaine, observé et éclairé la société américaine moderne. Il a mis en cohérence des comportements humains multiples.

07/12/2012

Chaïm SOUTINE : L'Ordre du Chaos ?

Le Musée de l'Orangerie, à Paris rend un vibrant hommage à ce peintre d'exception insuffisamment mis en lumière à ce jour. Rarement, un peintre aura paru s'investir autant dans son oeuvre au point de s'y incarner et de faire rayonner l'expression de son angoisse existentielle.

Chaïm SOUTINE nait en 1893 dans un territoire de l'Empire Russe, dans ce ''Yiddishland'' lituanien' appelé Litvak où les juifs se sentaient à juste titre enfermés. Il est le 10e enfant d'une fratrie de 11. Son père est un modeste tailleur. La vie est difficile. Il parvient à faire des études à Vilnius avant de gagner Paris, entrainé par deux condisciples. Il est logé par l'un d'eux à la ''Ruche'', et partage un atelier dans la Cité Falguière.

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Il se lie d'amitié avec MODIGLIANI, PICASSO, travaille temporairement comme porteur à la Gare Montparnasse. Il continue à vivre dans le dénuement. Des troubles digestifs apparaissent. Il est dépressif. Son ami KREMEGNE le tire d'un mauvais pas le jour où il tente de se suicider.

Par chance, ses oeuvres sont découvertes par le Dr BARNES , un collectionneur et mécène américain. Puis des marchands, comme Paul GUILLAUME , des amateurs d'art , des mécènes comme Madeleine CASTAING, Jonas NETTER, prennent le relais. Sa vie s'améliore. Il cotoie la société artistique (COCTEAU, MATISSE...), tout en gardant un tempérament solitaire et ombrageux. Ils apprécient la puissance expressive de ses tableaux, soutenue par une palette chromatique forte et contrastée, une personnalité tourmentée, s'appuyant sur une thématique classique ternaire faite de portraits, de paysages et de natures mortes.

LES PORTRAITS

Soutine étaye ses portraits sur celui de Charles VII fait par FOUQUET, peintre du 15è siècle. Les personnages sont assis, de face, la tête légèrement tournée sur leur gauche. On lit dans leurs yeux leur mélancolie, leurs doutes, leurs insuffisances, leur être en devenir. Les traits sont caricaturaux. L'autoportait appelé ''Soutine grotesque'' cumule les handicaps d'un ''désamour''.

''L'enfant de choeur'' est issu d'un tableau de COURBET, ''L'enterrement à Ornans''.

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Il donne à voir un être longiligne, pyramidal. Il est enveloppé d'un surplis blanc, ajouré, tel une dentelle, recouvrant une robe rouge. Son regard anxieux, sur un fond noir, quémande notre affection. L'influence du GRECO n'est pas loin, celle sur GIACOMETTI ne saurait tarder.

''Le Petit Patissier'' aux larges oreilles et au nez concave évoque le personnage principal des Demoiselles d'Avignon, de Picasso et nous fait pressentir les déformations à venir de F. BACON.

LES PAYSAGES

Ils sont soumis à des forces, des sentiments qui les déforment, les agitent, les déstructurent. Les maisons ondulent comme les cyprès de Van GOGH . Les troncs d'arbre se couchent, leur feuillage tourbillonne sous des rafales de vent. Les couleurs des toîts explosent d'oranges et de rouges éclatants contrastant avec les verts et les bleus de la végétation. Le ''Chaos'' est là.

''L'escalier rouge'', à Cagnes évoque une chimère : La ''métamérisation'' sanglante d'un annélidé sillonnant la verdure ?

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LES NATURES MORTES

Elles sont représentées au pied de la lettre.

''Le boeuf écorché'', inspiré de REMBRANDT, se décompose dans son atelier. Il est ravivé par des litres de sang rouge.

''La Raie'', tirée d'un tableau de CHARDIN est éviscérée, rougeoyante, pathétique et grimaçante, telle l'image de la ''mauvaise mère''. La pulsion de mort est encore et toujours présente.

Les faisans, poulets et autres volatiles expriment la souffrance de leur agonie dans leurs chairs bleuies, leurs plumes sagneuses et leur cri muet comme celui de MUNCH .

''Les Glaîeuls''rouges, torsadés et baroques interpellent les Iris de Van Gogh et offrent une bouffée d'oxygène.

SOUTINE, inclassable, aura traversé une vie difficile : issu d'un monde qui a connu l'enfermement, les pogroms et qui termine sa vie, en1943, sous les lois de Vichy.

L'angoisse existentielle est traduite dans le tragique de ses Natures en état de ''mort dépassée'', ses paysages ''chaotisés'', par la tempête et des forces téluriques, ses personnages dépressifs qui font quand même face à leur humanité.

Elle imprègne son être et son corps dans une affection psychosomatique qui aura été l'essence indiscible de son existence et cause de sa mort : une maladie ulcéreuse, symbolisée par ses Escaliers hémorragiques de Cagnes qui a entrainé une issue fatale.

SOUTINE est un chainon vibrant de l'histoire de la peinture. Il a été fidèle aux anciens, Fouquet, Rembrandt, Vélasquez, Géricault, Goya, Chardin...

Il a poursuivi la flamme de Van Gogh, inspiré les déformations de F. BACON, De Kooning et initié l'expressionnisme lyrique.

Il se présente comme un des plus grands peintres actants du XXe siècle.

21/11/2012

LE GRAND MARCHE DE L'ART CONTEMPORAIN Automne 2012

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La 39è édition du GMAC de la Bastille vient de se dérouler sous les chapiteaux et le long de l'Arsenal. 480 artistes français et étrangers ont exposé le fruit de leur créativité.

Joël GARCIA a réaffirmé ses objectifs : mettre l'art à la portée de tous.

On retrouve avec plaisir des artistes ayant participé aux manifestations précédentes comme BOUN, Marie HERMANCE, MILA, Patrick PIERART …

Cette année Anne BOILE, Cyril DEGUERRE , CHAMPIN, Daniel CASTAN, ont retenu l'attention.

Anne BOILLE

est diplomée de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers. DSCN9664.JPGElle adopte la technique retrouvée de la Renaissance vénitienne du ''fixé sous verre'' qui consiste à peindre à l'envers, au dos du verre. Des jeux de miroir et de transparence enrichissent la représentation d'une doublure virtuelle et onirique. Ces ''trompe-l'oeil'' confortent à la fois la réalité tremblée du monde extérieur, et les fantasmes objectivés de la créatrice. Voici une oeuvre qui illustre le thème du GMAC ''Le mouvement''.

Cyril DEGUERRE

DSCN9718.JPGSorti de l'Ecole Boulle et de l'Ecole de Camondo, il s'intéresse à l'élégance des chevaux, la beauté des corps. Il magnifie dans ses peintures et ses encres de chine, la beauté féminine. Ses désirs de sublimation méritent un encouragement.




Christian CHAMPIN

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Il affirme fièrement être un ''Métalo-déchéticien''. Ce jeune sculpteur recycle en effet, dans son atelier de Paimpol des déchets à des fins esthétiques, confortant ainsi des convictions écologiques. Certes il n'est pas le seul à pratiquer cette démarche : CESAR à ses débuts, DI ROSA plus récemment se sont essayés à ce ''détournement'' faisant d'eux des ARCHIMBOLDO modernes. Cependant, la vivacité et l'inventivité de son imaginaire méritent d'être soulignées. Son Rhinocéros est un modèle du genre.

Daniel CASTAN

Ce graphiste professionnel d'origine est devenu amoureux des grandes villes du monde qu'il a visitées. Il a développé des représentations lumineuses et toniques de New York vibrant sous le couteau de sa peinture acrylique enrichie de résine. Voici sa vision de ''Time Square''.

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