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10/01/2013

RENOIR Film de Gilles Bourdos

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Près de Cagnes sur Mer, sur un sentier de campagne, une jeune femme flamboyante chevelure rousse au vent, flottant dans une robe orange, semble planer sur sa bicyclette. Elle s'arrête à un portail en fer forgé sombre. Elle cherche un certain Renoir.

Il est assis sur une chaise roulante, perclu de rhumatismes, sa femme est décédée depuis un an.

Il ouvre progressivement ses yeux mi-clos qui s'allument et scintillent de curiosité.

Elle s'appelle Andrée et se propose comme modèle. Contre toute vraisemblance, elle dit venir de la part de sa femme. Mais Matisse, un ami, qui n'est pas loin a pu y être pour quelque chose. Elle correspond à son attente avec une académie parfaite, une peau de pêche au grain velouté,des seins bien galbés.

Dans la Villa des Collettes où trois à quatre femmes s'activent autour du maître,les séances de pose vont se succéder. Il ne peut se passer d'elle. Son ardeur au travail est revigorée par sa beauté, sa vitalité, et son enthousiasme. Il en oublie ses douleurs qui le font gémir la nuit. De son pinceau fixé par des bandelettes à sa main  infirme, attentif, concentré, immergé dans la création de son oeuvre en devenir, Auguste Renoir caresse sur sa toile les chairs roses et bleutées qui palpitent à la lumière, il recherche l'essentiel, la simplicité de l'expression et du désir, la beauté à transmettre, bref, son testament.

Nous sommes en 1915, une guerre infernale fait rage, ses deux fils, au front sont blessés. Et voilà que Jean revient dans cet eden, sur des béquilles, la hanche broyée. Après la joie des retrouvailles, progressivement, une idylle se noue, avec discrétion et délicatesse entre Jean et Andrée, sous le regard consentant du maître de maison.

Andrée, après avoir inspiré et dynamisé le père, accompagne la convalescence du fils, restaure la confiance en lui et favorise son devenir cinématographique. Il deviendra le grand cinéaste que l'on connait : Jean Renoir. Elle sera, après la gerre l'actrice de ses quatre premiers films et sa première femme.

Dans ce film, le jeu des acteurs est excellent :

Michel Bouquet ''est'' littéralement Auguste Renoir.

Christa Théret, désirable et crédible est adorable. Sa voix faubourgeoise lui donne une certaine coquetterie.

Vincent Rottiers, dans le rôle de Jean Renoir semble promis à un bel avenir.

Guy Ribes, un authentique faussaire, auquel on a demandé de dévoiler en la reproduisant, la technique subtile de Renoir, nous a permis d'apprécier plus encore, le génie d'un des maîtres de l'impressionnisme.

La splendeur de certaines prises de vue réalisées par le directeur de la photographie, Ping-Bing Mark Lee, sous la houlette du réalisateur, Gilles Bourdos, est à la hauteur de l'enjeu pictural.

Pour ceux qui apprécient la peinture, cette fin de vie de Renoir est une méditation inoubliable.

09/02/2012

TAPIES, le triomphe du ''Signe''

Un des plasticiens qui a révolutionné, par sa ''praxis'' et sa ''doxa'', la seconde moitié du XX° siècle, Antoni TAPIES, vient de s'éteindre le 6 Février 2012.

Pour voir les oeuvres d'Antoni TAPIES, cliquez ici : OEUVRES

BIOGRAPHIE

Il nait à Barcelone en1923. Son père est avocat. Sa famille maternelle est dans l'édition et la vente de livres.

En 1940, une grave affection pulmonaire interromp ses études de droit. Il s'intéresse alors à la littérature, la philosophie, la musique et bien sur, à l'art auquel il va consacrer bientôt sa vie. Il s'intéresse ultérieurement à la pensée orientale, la pensée Zen, le Bouddhisme.

Il subit la tragédie de la guerre civile espagnole et le franquisme.

Il est introduit auprès de Picasso, se lie d' amitié avec Miro et avec Paul Klee.Il est séduit par les provocations du Dadaïsme, influencé par le Surréalisme qui génère sa première période picturale.

Avec le poète catalan Joan Brossa, il fonde le mouvement ''Dau al Set'' (la 7° face du dé'').

En 1950, il expose à Barcelone, et deux ans plus tard, il est retenu par la Biennale de Venise.

Il s'oriente alors vers l'Abstraction.

Lors de ses recherches et pratiques innovantes, il intègre dans sa peinture des objets divers.

Sa renommée devient progressivement internationale.

Il influence l'Arte Povera.

Il collabore avec de nombreux artistes, dont, Antonio SAURA, Enrique TABARA, Manolo MILLARES.

Ses oeuvres se couvrent de symboles, d'écritures, d'objets de plus en plus volumineux.

Il est perméable aux idées de la Pop Art.

Il crée la Fondation Tapies, à Barcelone dans l'ancienne maison Montana i Simon où il rassemble ses oeuvres ainsi qu'une vaste bibliothèque.

La reconnaissance internationale le couvre de prix et de distinctions.

Il est élevé par le roi d'Espagne au titre de Marquis de Tapies, en 2010.

L'OEUVRE

Son oeuvre est considérable. On reconnaît ses toiles, son style, son univers par ses constantes.

La ''Matière'' semble en être l'objet et l'horizon.

La ''Texture'' de ses toiles est hérissée d'ojets divers. Elle ne permet pas de définir une frontière nette entre peinture et sculpture. Celle-ci prend de plus en plus d'importance, s'autonomise et prend son indépendance.

La ''Pâte'', basique est faite d'un agglomérat de colle, de poussière d'argile et de marbre. Elle enserre des objets divers, usagés et banaux, comme des cordes, des fragments de draps, des papiers lacérés, des morceaux de bois.

La Couleur est terreuse, bistre, beige, blanchâtre, parfois noire, rarement relevée d'une tache ou d'une griffure rouge-sang, d'un bleu-ciel.

Des ''Signes'' apparaissent, noirs sur fond clair. Les croix sont nombreuses, des signes de multiplication, des chiffres, de 1 à 4.

L'INTERPRETATION est aventureuse, mais elle permettrait de pénétrer l'Art Contemporain et les méandres de la Création.

Tapiès apparaît a priori comme un ''matiériste'', occupé de la matérialité émergente de la ''Réalité'', engluée dans la pâte de son temps.

Il n'en exprime pas moins des préoccupations métaphysiques au sens littéral et spirituel du terme.

Sa longue étude de la philosophie méditative orientale lui a fait prendre conscience de la correspondance entre un objet banal et le cosmos, ainsi qu'il l'a exprimé dans certaine interview. La finitude de l'objet et de la vie sont dans son champ de conscience.

La dimension ''Symbolique'' de ses oeuvres est au premier plan ainsi qu'on peut le supposer en faisant une analyse du ''Signifiant'' et du ''Signifié dans son oeuvre.

En effet, par la répétition, Tapies nous fait signe ainsi que nous l'avons vu,créant ainsi un méta langage.

Le SIGNE, comme le disent les linguistes, se décompose en Signifiant et en Signifié.

Le Signifiant, c'est la trace visible, c'est à dire le trait, la forme, la couleur, la matière...

Le Signifié, c'est le Sens apparent ou latent.

Tapies lui-même, des commentateurs, nous éclairent :

Le signe + serait l'équivalent d'une croix de cimetière, des victimes du franquisme, des guerres.

Tapies ajoute que le T de Tapies est l'équivalent d'une croix et qu'il signe ses toiles par une +.

Les Murs. Dans cette série de tableaux, la signification va dans le même sens,puisque Tapies en catalan veut dire ''mur'' ! Ainsi il a créé des ''Toiles-murs'' où il semble se projeter comme dans autant d'autoportraits.

Les Déchets. Quel sens donner à ces objets qui parsèment ses tableaux? LACAN, d'une manière provocatrice affirme ce que nous n'osons pas envisager encore: Il dit, s'adressant à des psychanalystes : <<Etre un déchet est ce à quoi aspire sans le savoir quiconque est un être parlant>>. Et on rejoint la Bible : <<Tu es poussière et tu retourneras à la poussière>>.

On comprend ainsi les angoisses d'une personne qui a eu des problèmes pulmonaires et qui a traversé deux guerres.

Ce qui semble important à souligner, c'est l'identification de Tapies aux Signifiés : Mort, Anéantissement, Matière et aux Signifiants qui représentent son oeuvre : + , Mur, Matière.