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21/11/2013

LA RENAISSANCE et le RÊVE

Quel merveilleux souhait, mais quel défi, celui de peindre le rêve, de représenter l'irreprésentable à une époque émergente où VERROCCHIO et Léonard de VINCI proclamaient l'Annonciation, où RAPHAËL, GIORGIONE, Fra Filippo LIPPI célébraient la Nativité et où BOTTICELLI glorifiait la Naissance du Désir et l'Arrivée du Printemps !

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Mais quelles angoisses infernales devaient affronter les Jérome BOSCH, les BRUEGHEL, relayés par le terrible et divin MICHEL-ANGE dans ''le Déluge'' et ''le Jugement Dernier''!

L'Iconologie, les mots de la Psychanalyse et les recherches des Neuro-sciences, peuvent-ils nous permettre de comprendre les Rêves de la Renaissance ?

Le Musée du Luxembourg nous donne à voir et méditer cette vaste évocation onirique en une thématique allant de l'endormissement au réveil : ''La Nuit'', ''la Vacance de l'Âme'', ''les Visions de l'Au-delà'', l'Aurore et le Réveil'', que nous allons suivre :

La Nuit

Elle permet un sommeil réparateur et les rêves. Elle ouvre un espace-temps autre, plein des désirs ou des craintes du dormeur.

MICHEL-ANGE a réalisé une allégorie de la nuit, une femme nue endormie et sereine, lovée sur elle-même, les yeux clos. Cette sculpture, ornant le tombeau de Julien de MEDICIS, s'est révélée un modèle fécond, car imité par de nombreux artistes.

Battista DOSSI, a figuré une allégorie picturale de la nuit : une belle endormie, environnée d'une représentation onirique, un coq, une chouette, des monstres, un homme agitant un flabellum, et, à l'arrière-plan, un château en flammes.

LA Vacance de l'Âme:

C'est un concept inspiré par PLATON, élaboré par Marsile FICIN : L'âme se détache du corps, s'élève vers un principe supérieur, accédant à une inspiration poétique ou à une vision prophétique au voisinage des Idées ou du divin.

Lorenzo LOTTI, dans ''Apollon endormi'', voit les muses danser dans la futaie, à gauche, pendant que le dieu solaire sommeille.

''Le Songe de la jeune fille'' ou allégorie de la chasteté, du même peintre, évoque la jeune ''Laure'', celle de PETRARQUE, entre spiritualité et féminité, sous l'oeil concupiscent d'un Satyre.

''Vénus et l'Amour endormis'' traitent également du désir naturel et innocent propres aux mythes grecs.

Certaines visions sont tirées de la Bible ou de l'histoire sainte, comme ''Les rêves de Pharaon'' ou

''La Vision de Sainte Hélène'', de VERONESE,

''Le Rêve de Saint Catherine d'Alexandrie''.

Le GRECO nous offre ''Le Songe de Philippe II''en contemplation devant la représentation divine. Il n'est pas sans évoquer son tableau célèbre''L'Enterrement du Comte d'Orgaz'', dont l'âme s'élève vers le cortège céleste.

 

Rêves énigmatiques et Cauchemars :

Lorsqu'ils ne sont pas éclairés par une iconographie précise, certaines visions deviennent plurisémiques, laissant l'imaginaire du spectateur vagabonder à sa guise. Tel est le cas du ''Songe du Docteur'' de DÜRER''.

On voyait dans les Cauchemars l'intervention de Satan, le Séparateur, le Grand Transgresseur, faisant surgir des monstres, des hybrides, des ''grotesques'' pour châtier les pêcheurs de leurs vices.

Les œuvres de BOSCH, BRUEGHEL, Jan MANDIJN, sont remplies d'images démoniaques représentant des candidats à l'Enfer.

Dans le Polyptyque''Vision de l'Au-delà'', BOSCH fait miroiter d'un côté ''La montée des bienheureux vers l'Empyrée'' et ''Le Paradis terrestre'' et de l'autre ''La chute des damnés''et ''l'Enfer''.

La Vie n'est-elle pas un Rêve ?

C'est ce que suggère ''l'Allégorie de la vie humaine'' de MICHEL-ANGE. Le Pic de la MIRANDOLE inspire ce dessin où l'homme est invité à s'arracher aux plaisirs terrestres et ses préoccupations pour atteindre l'Eveil...

Mais l''Eveil n'est pas loin et l'Aurore est là. La Raison apollinienne va reprendre ses droits.

Dans ''Amour et Psyché'', de Jacopo ZUCCHI, Psyché, debout, déhanchée, une lampe brûlante à la main gauche, un sabre à la main droite, regarde le sexe de son amant recouvert seulement par une fleur... Quelle ambivalence !...

 

Comment interpréter les ''Rêves'' de la Renaissance ?

Sont-ils fort éloignés des nôtres en raison des mythes païens, des croyances religieuses, des visions poétiques ? Certes, mais nous pouvons retenir

   l'importance du Désir de l'autre, moteur érotique de la vie, associé à la Séduction et au Voyeurisme , la Recherche du ''Grand Autre'', dans la quête spirituelle et sublime du ''Réel'',

   l'importance des peurs et des angoisses transfigurant la ''Réalité'', entrelaçant l'Imaginaire. ''l'Angoisse de mort et de ''Castration'' sont là.

On ne peut qu'être sensibles aux mécanismes évidents des rêves, ''les Déplacements'', traduits par des métaphores, des ''Allégories''. Les ''Condensations'' correspondent à des ''Métonymies''.

Les rêves sont évidemment des ''Fantasmes''. On disait ''Phantasmata'', ce que MICHEL-ANGE a bien compris.

Dans les rêves, alors que la Laideur effraie, dysharmonique et mortifère, la Beauté éclate, harmonieuse et vitale.

On peut s'interroger devant l'ampleur des représentations d'angoisses de certains peintres du Nord.

Il faut faire intervenir le souvenir prégnant d'épidémies effroyables par leur importance comme celle de la Peste qui avait couvert les gens de bubons et de pustules.

Un mal inexpliqué, avait fait perdre la raison, donné des hallucinations, des brûlures intenses des mains et des pieds qui se gangrénaient et devaient être amputés. Cette maladie s'appelait le ''Feu de Saint Antoine'' ou ''le mal des Ardents''. Il était attribué à des écarts de conduite dont la sanction était la souffrance et la damnation éternelle.

Progressivement, cette terrible maladie devait être attribuée à l'ergot de seigle. On l'appela l'Ergotisme. Des alcaloïdes responsables sont dérivés de l'acide lysergique,comprenant entr'autre le L.S.D., un puissant hallucinogène.

Un tableau célèbre de BOSCH, ''La Tentation de Saint Antoine'' rassemble les tentatives d'explications religieuses de cette affection.

Les tableaux de l'exposition, ''Vision de l'Au-delà'', ''La Vision de Tondal'' sont à mettre en relation avec ce tableau paradigmatique.

 

 

 

03/05/2013

Keith HARING

Keith HARING est un artiste new-yorkais qui a marqué la culture alternative des années 198O.

Né en 1958 en Pennsylvanie, il étudie à la School of Visual Arts, de NYC. Il développe en parallèle son activisme en traçant à la sauvette des graffitis dans la rue et le métro.

Il côtoie les artistes underground et du Pop-Art comme Jean-Michel BASQUIAT et Andy WARHOL. Il expose avec Roy LICHTENSTEIN, Robert RAUCSCHENBERG, notamment, dans des lieux branchés puis des musées et des biennales.

A Paris, en 1984, ses œuvres  figurent dans l'Exposition « Figuration Libre », France/USA, aux côtés de Robert COMBAS, Hervé di ROSA...

Il peint sur le mur de Berlin et, pour des causes humanitaires, des fresques dans des hôpitaux comme celui de NECKER, à Paris.

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SON OEUVRE est issue du Pop-Art des années 1960.

Les inspirations viennent de la publicité, du cinéma. Les couleurs sont vives, les formes naïves, enfantines, immédiatement identifiables.

Les « Signifiants » sont de véritables pictogrammes, analogues à des hiéroglyphes égyptiens ou indiens. L'un d'eux s'est imposé, c'est « Bébé rayonnant », marchant à quatre pattes et qui a fini par représenter sa signature. Le « Chien méchant », pourvu d'une mâchoire redoutable et dentelée, incarne les forces du mal prêtes à se jeter sur ses proies.

Le trait, coloré, rouge-orange, circonscrit les êtres et les figure.

Ce que Keith HARING « signifie », c'est :

-L'Innocence, l'Energie naissante,

-Le « Désir » d'assumer son désir, ici et maintenant,

-Le dépassement de « l' Interdit »,

-La lutte contre une réalité injuste, un ordre établi qu'il juge néfaste.

-La transformation du monde afin qu'il soit conforme à ses désirs et ses idéaux.

-Agir pour la liberté individuelle, contre le racisme, l'homophobie, la destruction de la nature, le capitalisme.

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Son activisme, sa générosité, ont affronté l'épidémie du sida qui devait l'emporter en 1990, à l'age de 31 ans avec bon nombre de ses amis.

Keith HARING, par son énergie, son charisme, son destin fulgurant, a laissé son empreinte. Il a eu la chance d'atteindre une certaine gloire de son vivant, soutenu par le milieu artistique.

C'est la raison pour laquelle le Musée d'Art Contemporain de la Ville de Paris retrace une importante rétrospective avec 250 œuvres dont 20 de très grand format, sont exposées au Centquatre.

15/04/2013

Hommage à ZAO WOU-KI

Le grand peintre français, ZAO WOU-KI , né à Pékin, vient de s'éteindre lentement sur les bords du lac Léman, à l'âge de 93 ans.

Après s'être imprégné de la culture et du savoir faire de l'école des Beaux Arts d'Hangzhou et au décours d'une exposition à Shangaï, insatisfait, il décide de partir à la conquête de l'Art Occidental.

Dès son arrivée à Paris, il s'immerge et s'enracine dans les hauts lieux des Avant-gardes, à Montparnasse, fréquente La Grande Chaumière, rencontre RIOPELLE, SAM FRANCIS, VIERA DA SILVA, expose à la Galerie de France, chez Pierre LOEB, avec SOULAGES ET HARTOUNG.

Il se lie d'amitié avec MICHAUX, puis avec MIRO . Il absorbe les pratiques figuratives dominantes, travaillées par l'abstraction, sous-tendues par la peinture à l'huile. Il évolue vers la poésie des ''Signes'' après la révélation, en 1951, du travail de KLEE à qui il rend visite en Suisse.

Il réactive alors, les méthodes et fondements de la peinture philosophique chinoise, dans une symbiose qui va devenir son style.

En 1970, il rencontre Françoise MARQUET, Conservatrice du Musée d'Art Contemporain de Paris qui va devenir son épouse. Français en 1964, il est progressivement reconnu internationalement. Il devient Grand Officier de la Légion d'Honneur, Commandeur de l'Ordre National du Mérite, notamment.

En 1985, lors d'expositions à Pékin et Hangzhou, il diffuse ses connaissances sur l'Art Occidental.

Les tableaux qui m'ont particulièrement intéressé sont :

      -      En mémoire de May : 10.03.72

-      09.09.96

-      04.09.87

-      Hommage à André Malraux 01.04.76

-      Hommage à mon ami Henri Michaux 04.99/05.2000

Ce qui nous séduit dans l'art de ZAO WOU-KI 

C'est un sentiment de paix, la contemplation d'une nature harmonieuse, indéfinissable, où la beauté physique rivalise avec la spiritualité.

C'est la manifestation des forces de la nature en devenir, la présence des éléments dans leur affrontement et leur métamorphose.

C'est le souffle de l'énergie (CHI ou KI) , balayant l'espace infini, plongeant dans des profondeurs inconnues.

C'est la conscience de la plénitude et de la vacuité ( Wu ) et, dans l'alternance du TAO, l'importance du IN et du YANG.

C'est l'identification à l'immense Cosmos dans ses moindres détails, au CHAOS .

C'est l'impermanence de l'être, la finitude de toute chose, c'est le rien...

Mais c'est aussi la Lumière, purificatrice, régénératrice, signe de pensée créatrice et porteuse d'Espérance.

L'apport de ZAO WOU-KI est considérable :

Il incarne un symbole de Paix, de Vie.

Il s'impose comme un trait d'union entre la France et la Chine.

Il réalise une synthèse harmonieuse , entre une Tradition millénaire et la Modernité européenne.

Il démontre que l'Art est un espace ''Idéal'' d'être au monde.

Il restera présent aux nombreux artistes qu'il a influencés et aux amateurs qui l'admirent, par sa modestie, son humilité et la douceur énigmatique de son sourire.