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13/02/2014

EN QUETE DE LIBERTE

Un Film, ''12 YEARS A SLAVE'', de Steve Mc QUEEN , et un Livre, ''LE DON DU PASSEUR'', de Belinda CANNONE, ont retenu mon attention, allant de l'esclavage subi d'un noir New-Yorkais à la liberté d'écrire et de penser d'une universitaire française :

L'Amérique se retourne sur son passé et tente d'absorber les dures réalités d'une longue période durant laquelle l'économie du Sud , avec la culture du coton et de la canne à sucre a tourné grâce à la main d'oeuvre noire.

Après le Film ''LINCOLN'', de Steven SPIELBERG, meilleur film aux Oscars de 2O12,

après DJANGO Unchained de Quentin TARANTINO, 7 nominations et meilleur scénario,

avec ''12 Years a Slave, le ''sociodrame de l'esclavagisme et de la conquête de la Liberté est dans le champ.

Nait-on esclave ou le devient-on ? Faut-il montrer l'horreur de l'esclavage pour en prendre vraiment conscience ?

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12 Years a Slave est tiré d'une histoire vraie, rédigée par Solomon NORTHRUP.

Ce jeune noir, musicien à New-York, est enlevé puis vendu comme esclave. On lui signifie à coups de battes et de fouets qu'il a changé d'identité.

Il tente de réagir et de préserver sa dignité. De longues scènes de violences, de tortures, de pendaison lui font perdre progressivement tout espoir de retrouver sa femme et ses enfants . Autour de lui, les autres noirs ont intériorisé leur absence totale de liberté.

Ce n'est que douze ans plus tard qu'un abolitionniste canadien va le tirer de sa condition inhumaine.

On sort de ce film plein de compassion envers ceux qui ont subi les dures lois de l'esclavage, mais aussi de commisération envers ces esclavagistes blancs qui nous renvoient une bien triste image de notre humanité.

L'histoire de Solomon, pleine de violence et de beauté, nous laisse désirer une éthique faite de respect humain et de dignité.

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Dans son livre''Le Don du Passeur'', Belinda CANNONE, romancière, essayiste, maître de conférence à Caen où elle enseigne la littérature comparée, évoque son père, ses points forts, ses failles, et entreprend une véritable analyse critique des influences qui l'ont structurée et lui ont permis d'acquérir l'acuité qu'elle témoigne dans sa recherche d'indépendance et de liberté d'esprit.

« En écrivant ce livre sur mon père, nous dit-elle, j'ai découvert que ce que nous recueillons de nos parents, et dont il est beaucoup plus difficile de se débarrasser que leurs idées, ce sont les affects, vivante et palpitante matière transmise à leur insu et au notre irrémédiablement. »

Tout au long du livre, Belinda CANNONE semble engluée dans cette relation duelle. Mais, progressivement, comme dans une libération psychanalytique, elle détache, un à un, les fils qui auraient pu l'aliéner. Elle délimite leur interrelation et trouve dans les mots de son père, la permission de s'en libérer et de vivre sa vie.

La LIBERTE à conquérir m'est apparue comme un dénominateur commun de l'histoire tragique de Solomon, solidaire des esclaves noirs, et celle, plus douce de Belinda CANNONE à la découverte de son passé et la recherche de son avenir.

23/05/2012

RESISTING THE PRESENT

Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris confirme et consacre l'émergence du Mexique dans l'art contemporain en présentant à l'ARC l'exposition ''Resisting the présent, Mexico 2000/2012.''

 

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Une vingtaine de jeunes artistes, succédant à la génération des années 90, font rayonner sur la scène internationale leur prise de conscience et les tensions sociales liées aux lourds problèmes que connait leur pays liés à la corruption, l'imigration, la violence et la criminalité sous-tendus par la diffusion de la drogue. La ''Revolucion'', intégrée dans leur vie politique par le P.R.I. (Parti Révolutionnaire Institutionnel), est en relation avec la Globalisation économique, le traité de l'ALENA de 1994 et les accords de libre échange américain, la déclaration de guerre aux narcotrafiquants.

Où et comment s'expriment-ils ? La multiplication des lieux d'exposition a été stupéfiante : lieux alternatifs, galeries, collections privées, institutions professionnelles, universités. La foire de Mexico, Zona Maco, consacre leur vitalité et leur dynamisme. Leur mode d'expression est multiple depuis le dessin, base traditionnelle des caricatures, du Surréalisme et du Street Art jusqu'aux modes de créations inédites, des Installations, des Videos, des Films en passant par les sculptures et même les peintures.

Qui sont-ils ? Parmi les artistes, qui méritent tous d'être cités:

Ilian Lieberman est sensible aux nombreuses disparitions d'enfants, enlevés, criminalisés, tués. ''Nino perdido''L'artiste retrace au crayon une centaine de portraits en instaurant un caractère flou, un espace de silence et de méditation. Ces images commémoratives, dépersonnalisées, évoquent la présence/absence d'un être dont la société porte le deuil.

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(Graphite sur papier - Courtesy de l'artiste et Galeria Desiré Saint Phalle, Mexico)

Bayrol Jimenez dessine un univers cahotique et baroque, mythique et halluciné, retraçant la guerre des narcos et la présence de l'aigle impérial dans ''Maldito''

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 (Acrylique sur papier - Courtesy de l'artiste et galerie Dukan Hourdequin, Paris)

Jonathan Hernandez représente un fémur d'éléphant peint aux couleurs du mexique (Femur de elfante mexicano). Il dénonce avec Pablo Sigg la vacuité, publicitaire notamment, d'un monde hypermédiatisé.

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 (Os et peinture à l'huile - Courtesy des artistes et Galeria Kurimanzutto, Mexico - Photographie Estudio Michel Zabé)

Marcela Armas s'intéresse à l'écologie, à notre société d'abondance et de gaspillage. I Machinarius est une chaine motorisée, entrainée par des roues dentées d'où s'écoulent des traces de pétrole. Le contour de cette chaine est celui de la carte du Mexique inversée. Les suintements souillent la frontière des Etats Unis avec qui le Mexique a des rapports complexes.

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 (Courtesy de l'artiste et Arroniz Arte contemporaneo, Mexico - Photographie Carlos Varillas, Fundacion Amparo)

Arturo Hernandes Alcazar réalise des installations à partir de déchets, de matériaux trouvés. Il est inspiré par leur valeur symbolique.  Papalotes negros est composé de 250 cerfs-volants noirs, spacialisés et fixés. La charge symbolique relie un événement historique de la guerre d'indépendance mexicaine à la période violente actuelle.

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 (Courtesy de l'artiste - Photographie Carlos Varillas, Fundacion Amparo)

Natalia Almada, par sa double nationalité américaine et mexicaine est sensible aux problèmes de frontière, d'immigration et de drogue qui lui sont attachés.  ''El velador'' se déroule dans un cimetière privé de Culiacan au nord du pays. La guerre contre les cartels et entre les clans a fait exploser le nombre de tombes au luxe inouï. La jeunesse de leurs occupants témoigne également de la gravité du problème.

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 (film couleur  HD 72' - © Altamura Films, Courtesy Doc & Film International)

Carlos Reygadas réalise plusieurs longs métrages dont Serenghetti (2009) : une rencontre inopinée de deux équipes féminines de football dans un cadre sauvage et une ambiance irréelle.

 

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(Courtesy Canana Producciones et Tamasa Distribution)

Gianfranco Rosi est un artiste international qui a étudié à la New York University Film School. El Sicario, Room 164 (2010) relate l'interview détaillée d'un tueur à gage, un sicario

Bien que reliés aux influences de l'Art International, les expressions des artistes mexicains de la dernière génération montrent une conscience exacerbée de leur identité nationale, de l'environnement au sein duquel ils évoluent, des problèmes liés à leur statut, de la richesse des échanges dans lesquels ils interviennent.

Ils manifestent d'une manière existentielle, fondatrice et symbolique, leur résistance active aux forces destructrices auxquelles ils font face. Ils méritent d'être compris et soutenus.