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19/02/2013

Y-A-T-IL UNE CRISE DE L'AUTORITE ?

La question de l'autorité traverse notre société, au cœur de la famille, de l'éducation, du monde politique et économique. Un Colloque montpellierain éclairé par le Collège des Humanités vient d'en débattre ; car en fait, l'humanité recherche une boussole. Cette inconnue serait-elle l'Autorité ? Des philosophes, des psychanalyste, des juristes, des chercheurs de tous horizons ont croisé leurs opinions. En voici quelques échos.

Son origine étymologique, autoritas, vient de auctor, l'auteur, celui qui fonde et fait grandir, augere.

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Thierry ELOI, universitaire et historien rappelle que, à Rome, on a autorité, seulement en tant qu' Homme, Libre. Venus est attirée par celle de Priap. A la naissance, le père exprime son autorité quand il reconnaît son enfant en l'élevant au-dessus de sa tête. Il l'exerce avec sa clientèle (ses amis), au stade, dans l'armée, et surtout au forum. Il contraint sa nature ce qui augmente son autorité. Le Stoïcisme, la philosophie aboutie de Marc AURELE, est l'essence de son intériorité. Celle-ci a autorisé l'évolution de la romanité vers le Christianisme.

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Paul VALADIER , Jésuite et théologien, met en avant St PAUL et semble s'interroger : ''L'Autorité vient-elle de Dieu ?'' Dans la Genèse, l'Homme n'est-il pas appelé à dominer la Nature, et non pas l'homme, et ainsi à se soumettre à Dieu ? La soumission de l'homme à ses passions entrainerait alors une insoumission à Dieu.

Les autorités humaines seraient pour Valadier, un reflet de l'autorité divine. Elle se perdrait quand elle en serait indigne. L'Autorité serait attestée par la Loi. Elle serait liée au pouvoir, au savoir et au charisme d'un homme politique ou d'un savant.

P. Valadier conclut en homme de religion : L'Autorité, transmetteuse de vie, viendrait de Dieu et nous structurerait.

La salle réagit et s'exprime : On parle d'intégrisme... Pour un psychanalyste la transcendance ne saurait se collectiviser...Oui, l'autorité se défait elle-même... Hannah Harendt parle de disparition de l'autorité par perte de l'assise du monde...

Pierre Henri TAVOILLOT, philosophe et universitaire, au lieu de parler de ''Crise de L'autorité'', pense qu'il y a simultanément ou successivement, une Déconstruction et une Reconstruction de l'autorité à l'œuvre. Notre époque, dit-il, voit une métamorphose de l'autorité qui irait de mieux en mieux et de pire en pire.

Mais quelles en sont les sources structurantes ? Il en soupçonne trois principales :

L'Autorité du Passé :les lois n'ont-elles pas été produites par nos ancêtres ?

L 'Autorité Cosmologique  les lois de l'univers pourraient servir de paradigme, de référence.Il s'agit par exemple pour Aristote, Hippocrate, Confucius, de rétablir l'harmonie du corps au regard de celle du cosmos.

L'Autorité Théologique : celle de Dieu au service de l'Homme (cf exposé de P. Valadier).

Ce qui augmenterait serait donc le Passé, la Nature, Dieu.

Mais la pluralité de ces sources structurantes peut et a entrainé une explosion de la notion d'Autorité : On l'a vu à la Renaissance, notamment, avec la découverte de COPERNIC , avec l'excommunication de LUTHER, l'arrivée des helléniste de Byzance...

Sur quoi fonder alors la Modernité ? Comment reconstruire l'Autorité ?

-Par le Politique comme l'écrit MACHIAVEL en se fondant sur le Mal?

-Par l'accord mutuel, social, scientifique ?

Les habits nouveaux de l'Autorité modifient les modèles primordiaux :

La Compétence : le Savoir qui fonde le Pouvoir, dans la République des Experts ?

Le Charisme ? Mais il peut se métamorphoser en un ''Gourou toxique'', en un dictateur hitlérien ? Le charisme n'est-il pas une illusion dangereuse ?

Le Compassionnel ? On en voit les limites à la télé...

La conclusion de P.H. Tavoillot est celle d'un philosophe : L'Autorité c'est la réflexion, l'hésitation, le doute qui ne se laissent pas synthétiser. C'est la critique de l'autorité qui ferait autorité...

La salle réagit positivement : On affirme... la puissance du Non-Savoir chez les psychanalystes,...les trois autorités Tradition/Cosmos/Sacré,...la Construction/Déconstruction,...on évoque FREUD , la Pulsion de vie /Pulsion de mort,...LACAN , la Pulsion de vie et le plus de jouir...

La Psychanalyse se devait de donner son opinion. Citons l'écrit introductif d'Anna MIRABILE, psychanalyste, du Collège des Humanités :

''L'Autorité ne relève ni de l'être ni de l'avoir. Elle n'est affaire ni de savoir ni de pouvoir.Elle est l'effet du dire de quelqu'un dont le désir est mobilisateur pour qui le reçoit... L'autorité ne se décrète pas, elle est toujours accordée à celle ou celui qui se situe dans un rapport à l'impossible à nul autre pareil. Sa parole agit comme une parole Autre qui peut enseigner et transmettre... Celui à qui on confère une autorité est celui qui se tient dans la docte ignorance, à l'instar du Maître antique, ou la figure symbolique du Père qui indique une voie, celle du Désir et de la LOI. Désir et Loi sont noués, faisant limite au toujours plus de satisfaction, en barrant la jouissance mortifère. Fut-elle limitée par le suffrage, l'Autorité est aujourd'hui insupportée. La voici subvertie par le mépris des différences, par le rejet ou le refus de toute hiérarchie, au pâle motif d'une équivalence consensuelle et d'un égalitarisme illusoire. Là sont réunis les germes d'une tyrannie et d'un totalitarisme à l'évidence déjà à l'œuvre''.

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Mais cette Autorité Conceptuelle est confrontée au Pragmatisme de la Post-Modernité. Elle se doit d'assimiler et de dépasser les notions de Compétence, de Savoir et de Pouvoir afin d'asseoir sa légitimité, en toute Justice, dans la Réflexion critique et la ''Praxis'' aux confins du Réel.

 

05/02/2013

Edward HOPPER

L'exposition HOPPER qui vient de se terminer au Grand Palais (www.grandpalais.fr/grandformat/exposition/edward-hopper/) confirme l'engouement du public pour des peintres que soutient leur société de référence et dont la peinture, facilement identifiable, a un fort potentiel d'identification.

Né en 1882 à Nyack, village sur les bords de l'Hudson, ce peintre pétri d'influences européennes semble avoir incarné un naturalisme américain dans un clivage nature / culture, analysant et décrivant la classe moyenne et la société moderne américaine en mutation. Il projette un regard mélancolique et distancié sur la solitude des êtres et leur incommunicabilité.

A New York, sa formation artistique est marquée par l'enseignement de Robert HENRI, peintre réaliste de la vie urbaine, membre de l'Ash Can School.

Il séjourne à Paris à trois reprises, de 1906 à 1910. Il visite également les différentes capitales artistiques européennes, confirmant son attachement au vieux continent et à la francophilie.

Les influences artistiques et littéraires qu'il a subies sont multiples :

Il est sensible à REMBRANDT, VERMEER, VELASQUEZ, mais également à MANET, GOYA, DEGAS, et au vingtième siècle, à MAGRITTE, de CHIRICO, BALTHUS, MODIGLIANI et SOUTINE. Après avoir apprécié l'Impressionnisme, il découvre l'Expressionnisme allemand.

Il s'intéresse aux lettres et au monde de l'inconscient. Il lit avec intensité RIMBAUT, EMERSON, PROUST, mais également les pièces réalistes d'Henri IBSEN.

Les théories de FREUD et de JUNG stimulent son monde intérieur.

De retour aux Etats-Unis, il crée deux ateliers, l'un à Greenwich Village, en plein Manhatan, l'autre au Cap Cod, en Nouvelle Angleterre, face à l'ocean, orientant sa production vers les structures urbaines et vers la nature.

Il épouse Joséphine NIVISON en 1924, surnommée ''Jo'', une femme de caractère, peintre et dessinatrice qui sera son unique modèle.

La surdité, remarquée tôt par un jeune galériste, semble déterminante dans son isolement, le silence de ses personnages et peut-être sa mélancolie.

Quelques oeuvres vont marquer son évolution, son émergence, sa notoriété et sa consécration :

''The house by the railroad'' 1925

''Hôtel room'' 1931

''Nighthawks'' 1942

''People in the sun'' 1960

The house by the railroad

Il s'agit d'un manoir dépouillé de tout environnement, barré à sa base par un rail. Il est de 3/4, tel un visage. Un soleil, venant de la gauche, comme dans les tableaux de Vermeer, presque au zénith, sculpte les facettes orthogonales, accroit les ombres et les mystères. Des fenêtres bigéminées, structurées et symétriques, semblent tourner leur regard dans toutes les directions, vers un passé lumineux à gauche, un futur incertain à droite. Les différents styles qui le composent ajoutent une dimention temporelle : les doubles colonnes doriques et les différents arcs évoquent un temple grec, les fenêtres la Renaissance, les mansardes, Paris, le corps droit du batiment, un beffroy nordique. S'agit-il pour Hopper d'un patchwork européen de l'amérique ? L'absence de train sur des rails immobiles, le désert humain dans cet édifice sacralisé et mortifère pose question, angoisse et touche à l'innomable. De même qu'il projette sur cette maison son monde intérieur, chacun de nous peut y investir des visions personnelles. C'est ce qu'a fait HITCHCOCK dans son film ''Psychose''.

Hôtel Room

Dans une chambre d'hôtel au rideau blanc, une femme à demi vêtue, au bord du lit est plongée dans la lecture d'un livre. Ses bagages sont à ses pieds. L'iconographie nous informe que c'est l'attitude de Bethsabée, peinte par Rembrandt, Bethsabée convoitée par le Roi David qui a mené à la mort son mari. Le livre est en fait un annuaire . On pense alors à Odette, dans un ''Amour de Swann'', de Proust qui fantasmait sur le retour de l'homme qu'elle aimait. Le livre serait la condensation des préoccupations de Hopper pour la réflexion, l'imaginaire, le monde intérieur, la culture. Chez Rembrandt, la Vierge Marie lisait.

Nighthawks 

Le titrenous vient de Hawks, les faucons et en argot les tueurs. On pourrait donc traduire par les oiseaux de proie nocturnes. Ce tableau est inspiré d'une nouvelle d'HEMINGWAY, ''The killers''.

Quatre personnages dans un bar, éclairé au néon, séparé de la rue, sombre et inquiétante par une vitre arrondie, la nuit. Sous nos yeux un huis clos. Malgré la chaleur d'une femme rousse, les relations avec son compagon sont froides. Il n'y a pas de véritable communication. Un homme portant également un feutre nous tourne le dos. Il est inquiétant. Un serveur au bonnet de ''marine's'' s'active (la base de Pearl Harbourg vient d'être attaquée).

On imagine de nombreuses scènes possibles, des relations de couple, multiples, des histoires de gangster alimentées par des hommes au chapeau d'Al Capone.

On est loin du tableau de Rembrandt ''Ronde de nuit'', ''Night Watch'' qui peut par assonance évoquer le titre. Ce tableau mythique est à l'apogée d'un certain réalisme américain et a inspiré des polars.

People in the sun

Quatre hommes et femmes sur une chaise longue, côte à côte, face au soleil et à une chaine de montagnes, méditent, solitaires en jouissant de la vie.

Un cinquième lit tourné vers la culture, signifié par le livre.

Faut-il porter un jugement sur l'incommunicabilité des êtres ou sur le bonheur d'être là, solitaire, unique, mais heureux peut-être ?

En conclusion, Edward HOPPER est devenu le symbole du naturalisme américain après avoir synthétisé des influences européennes. Il a médité sur la nature humaine, observé et éclairé la société américaine moderne. Il a mis en cohérence des comportements humains multiples.

25/01/2013

LINDER : femme / objet (MAM Ville de Paris)

Le Musée d'Art Moderne expose du 1er février au 21 avril 2013 une rétrospective de LINGER STERLING, une artiste britannique.

Depuis 1976, elle s'exprime, elle, son art, ses idées, à travers les arts plastiques, la musique, la mode. Transgressive et provoquante, elle réalise des photomontages, prolonge son oeuvre à travers la diffusion de "fanzines" (fantasiques magazines), développés à partir de la contreculture issue de Mai 68, popularisés par le mouvement punk et la philosophie DIY. Elle est présente dans les vidéos, des costumes, des performances audiovisuelle où elle n'hésite pas à porter une robe faite de viande crue.

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Elle dénonce la femme objet que la société désire et fantasme, la femme transformée, manipulée par la publicité, aliénée, violentée.

L'attitude hystérique dans laquelle elle se place lui permet, certes, d'assumer son plus de jouissance, mais aussi d'asseoir, paradoxalement, une position morale ambigüe et sa légitimité artistique.

 

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