Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

13/05/2015

Markus LÜPERTZ

Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris présente Markus LÜPERTZ comme une figure majeure de la peinture européenne actuelle.

140 œuvres retraçant un parcours exemplaire, fait de recherches multiples, s'appuyant sur la métaphore de la Culture et de l'Art pour bâtir une cohérence à son œuvre et donner sens à sa vie d'artiste.

Markus LÜPERTZ, né en 1941 en Bohème, émigre en 1948 en Allemagne, s'installe à Berlin en 1962.

Influencé d'abord par l'Expressionnisme abstrait américain et le Pop Art, il crée la série ''Donald Duck''.

Puis, s'écartant de la gestuelle et de l'expressivité, il s'oriente vers une construction réfléchie des objets existants, simplifiant leur forme, grossissant certains détails, il évolue vers la monumentalité. C'est la Peinture dithyrambique (1963-1976), où la figuration et l'abstraction cohabitent en des créations inédites.

ml_5.jpg

© ADAGP, Paris 2015 

Des Motifs Allemands, (1970-1976) liés à l'histoire récente, casques, uniformes, insignes, apparaissent, noyés dans un environnement neutre. Ils sont jugés, alors comme des provocations.

Une Peinture de Style (1977-1978) : L'abstraction progresse. La forme est devenue le motif lui-même.

Congo (1981-1982) : On note une orientation cubiste et constructiviste, notamment dans certaines sculptures. LÜPERTZ parle alors de ''lâcher les sculptures dans la réalité'' et de ''dépeupler ses peintures''

D'après Poussin (1989-90) : Il utilise des fragments d'oeuvres de POUSSIN, GOYA , COURBET comme des collages, vers une nouvelle simplification, une véritable abstraction, un nouveau langage.

La Guerre 1992 : Elle est au centre de la problématique de LÜPERTZ. Quatre tableaux suggèrent la barbarie. Le langage allégorique, tout en atténuant les violences permettent d'atteindre l'Universel.

Le Sourire Mycénien 1985 : Dans ''Printemps'', un jeune guerrier, mortellement blessé, au sourire imperceptible, affronte la fatalité divine en l'acceptant. LÜPERTZ va pouvoir poursuivre sa quête. 

ml_13.jpg

© ADAGP, Paris 2015 

Hommes sans femmes, PARSIFAL (1993-97) : LÜPERTZ s'inspire de Perceval, figure de la légende arthurienne magnifiée par le génie de Richard WAGNER.

La figure de Parsifal, aplatie, abstraite, symbolique, est une présence-absence en devenir. Ancrée dans le vide et le néant, elle est le support de fantasmes métamorphiques, aux confins de l’innommable.

Nus de dos (2004-05) : Inspirés de MATISSE, les nus de dos évoluent vers des torses. Des objets(tortue,truelle...), juxtaposés répétitifs, dépourvus d'émotion apparente, semblent être un rappel de l'éclatement de l'être en voie de réparation.

Arcadies 2013-15) : des tableaux monumentaux convergent vers la mythologie du bonheur, vers ces paradis perdus, au bord de l'eau, dans des barques salvatrices et ludiques où hommes et femmes nus peuvent contempler sans crainte un tout jeune bébé adossé à un casque allemand, coquille vide d'un mollusque sans défense.

L'affiche de l'exposition superpose le nom de Markus LÜPERTZ au visage de ce bébé retrouvé. 

ml_10.jpg

© ADAGP, Paris 2015 

Markus LÜPERT, né pendant la guerre n'a eu de cesse de dépasser le traumatisme de cet événement comme ont du le faire Georg BASELITZ ou Jörg IMMENDORFF.

Il a convoqué la Culture Universelle avec ses mythes et ses légendes. Il s'est inspiré de l'art des antiques, des maîtres anciens et modernes. Il a développé un nouveau langage plastique et une nouvelle pensée créatrice. Il a indexé son idéal et son unité dans une perfection que son personnage semble vouloir incarner.

07/12/2012

Chaïm SOUTINE : L'Ordre du Chaos ?

Le Musée de l'Orangerie, à Paris rend un vibrant hommage à ce peintre d'exception insuffisamment mis en lumière à ce jour. Rarement, un peintre aura paru s'investir autant dans son oeuvre au point de s'y incarner et de faire rayonner l'expression de son angoisse existentielle.

Chaïm SOUTINE nait en 1893 dans un territoire de l'Empire Russe, dans ce ''Yiddishland'' lituanien' appelé Litvak où les juifs se sentaient à juste titre enfermés. Il est le 10e enfant d'une fratrie de 11. Son père est un modeste tailleur. La vie est difficile. Il parvient à faire des études à Vilnius avant de gagner Paris, entrainé par deux condisciples. Il est logé par l'un d'eux à la ''Ruche'', et partage un atelier dans la Cité Falguière.

soutine,orangerie,paris,peinture,exposition,paul guillaume,tuilerie,lyrisme,expressionnisme,barnes,drieu la rochelle,sachs,baroque,picasso modigliani,van gogh,yiddish,litvak,courbet

Il se lie d'amitié avec MODIGLIANI, PICASSO, travaille temporairement comme porteur à la Gare Montparnasse. Il continue à vivre dans le dénuement. Des troubles digestifs apparaissent. Il est dépressif. Son ami KREMEGNE le tire d'un mauvais pas le jour où il tente de se suicider.

Par chance, ses oeuvres sont découvertes par le Dr BARNES , un collectionneur et mécène américain. Puis des marchands, comme Paul GUILLAUME , des amateurs d'art , des mécènes comme Madeleine CASTAING, Jonas NETTER, prennent le relais. Sa vie s'améliore. Il cotoie la société artistique (COCTEAU, MATISSE...), tout en gardant un tempérament solitaire et ombrageux. Ils apprécient la puissance expressive de ses tableaux, soutenue par une palette chromatique forte et contrastée, une personnalité tourmentée, s'appuyant sur une thématique classique ternaire faite de portraits, de paysages et de natures mortes.

LES PORTRAITS

Soutine étaye ses portraits sur celui de Charles VII fait par FOUQUET, peintre du 15è siècle. Les personnages sont assis, de face, la tête légèrement tournée sur leur gauche. On lit dans leurs yeux leur mélancolie, leurs doutes, leurs insuffisances, leur être en devenir. Les traits sont caricaturaux. L'autoportait appelé ''Soutine grotesque'' cumule les handicaps d'un ''désamour''.

''L'enfant de choeur'' est issu d'un tableau de COURBET, ''L'enterrement à Ornans''.

soutine,orangerie,paris,peinture,exposition,paul guillaume,tuilerie,lyrisme,expressionnisme,barnes,drieu la rochelle,sachs,baroque,picasso modigliani,van gogh,yiddish,litvak,courbet

Il donne à voir un être longiligne, pyramidal. Il est enveloppé d'un surplis blanc, ajouré, tel une dentelle, recouvrant une robe rouge. Son regard anxieux, sur un fond noir, quémande notre affection. L'influence du GRECO n'est pas loin, celle sur GIACOMETTI ne saurait tarder.

''Le Petit Patissier'' aux larges oreilles et au nez concave évoque le personnage principal des Demoiselles d'Avignon, de Picasso et nous fait pressentir les déformations à venir de F. BACON.

LES PAYSAGES

Ils sont soumis à des forces, des sentiments qui les déforment, les agitent, les déstructurent. Les maisons ondulent comme les cyprès de Van GOGH . Les troncs d'arbre se couchent, leur feuillage tourbillonne sous des rafales de vent. Les couleurs des toîts explosent d'oranges et de rouges éclatants contrastant avec les verts et les bleus de la végétation. Le ''Chaos'' est là.

''L'escalier rouge'', à Cagnes évoque une chimère : La ''métamérisation'' sanglante d'un annélidé sillonnant la verdure ?

soutine,orangerie,paris,peinture,exposition,paul guillaume,tuilerie,lyrisme,expressionnisme,barnes,drieu la rochelle,sachs,baroque,picasso modigliani,van gogh,yiddish,litvak,courbet

LES NATURES MORTES

Elles sont représentées au pied de la lettre.

''Le boeuf écorché'', inspiré de REMBRANDT, se décompose dans son atelier. Il est ravivé par des litres de sang rouge.

''La Raie'', tirée d'un tableau de CHARDIN est éviscérée, rougeoyante, pathétique et grimaçante, telle l'image de la ''mauvaise mère''. La pulsion de mort est encore et toujours présente.

Les faisans, poulets et autres volatiles expriment la souffrance de leur agonie dans leurs chairs bleuies, leurs plumes sagneuses et leur cri muet comme celui de MUNCH .

''Les Glaîeuls''rouges, torsadés et baroques interpellent les Iris de Van Gogh et offrent une bouffée d'oxygène.

SOUTINE, inclassable, aura traversé une vie difficile : issu d'un monde qui a connu l'enfermement, les pogroms et qui termine sa vie, en1943, sous les lois de Vichy.

L'angoisse existentielle est traduite dans le tragique de ses Natures en état de ''mort dépassée'', ses paysages ''chaotisés'', par la tempête et des forces téluriques, ses personnages dépressifs qui font quand même face à leur humanité.

Elle imprègne son être et son corps dans une affection psychosomatique qui aura été l'essence indiscible de son existence et cause de sa mort : une maladie ulcéreuse, symbolisée par ses Escaliers hémorragiques de Cagnes qui a entrainé une issue fatale.

SOUTINE est un chainon vibrant de l'histoire de la peinture. Il a été fidèle aux anciens, Fouquet, Rembrandt, Vélasquez, Géricault, Goya, Chardin...

Il a poursuivi la flamme de Van Gogh, inspiré les déformations de F. BACON, De Kooning et initié l'expressionnisme lyrique.

Il se présente comme un des plus grands peintres actants du XXe siècle.