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05/04/2013

Marc CHAGALL : de la Guerre à la Paix

L'exposition qui se tient au Musée du Luxembourg, du 21 Février au 21 Juillet 2013, renouvelle l'intérêt porté à CHAGALL, son oeuvre et son évolution au cours de la première moitié du XXe siècle.

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Il a traversé la Révolution Russe, deux Guerres Mondiales, l'Exil.

Son imaginaire poétique, sa bienveillance naturelle ont sublimé l'amour reçu et les souffrances rencontrées en trois thématiques principales :

-La nostalgie de son village natal, Vitebsk,

-L'amour au sein de son couple et de sa famille,

-La tradition religieuse dans laquelle il a baigné.

En Biélorussie, pendant la Révolution Russe et la Première Guerre Mondiale, il est sensible à la population juive chassée de ses villages, aux mouvements de troupes, aux soldats blessés qui font l'objet de la première partie de l'exposition.

En 1922, à Paris, il illustre la Bible à la demande de son marchand et éditeur, Vollard, et développe sa vision du couple.

Contraint à l'exil, auxEtats Unis, il témoigne des souffrances durand la seconde Guerre Mondiale, évoque les pogroms qu'il a cotoyés, et symbolise le martyr du peuple juif par l'image de la Crucifiction. La mort de Bella, sa femme et son grand amour, en 1944, atteint son bonheur familial.

Après la guerre, il s'installe dans le Sud de la France, à Vence.

Son style évolue, ses couleurs deviennent plus vives, la Liberté et la Joie apparaissent.

Quelques tableaux marquants éclairent les différentes étapes qui vont de la Guerre à la Paix.

- Celui qui représente un village en feu et la fuite de la population,

-La Guerre(1943),  

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-Le Cheval Rouge, surmonté d'un acrobate, au-dessus d'un couple d'amoureux(1938-44),

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-La Crucifixion et son cortège de désespoir,

-La Danse, et l'épanouissement dans la joie(1950-52).

Ce qui est remarquable chez Chagall, c'est son style personnel, inclassable, narratif, à peine influencé par le Cubisme, (il a connu PICASSO), le Surréalisme ambiant de sa période parisienne, le Suprématisme de MALEVITCH qu'il a cotoyé et affronté en Russie.

Son onirisme jubilatoire, centré sur son amour débordant et poétique pour Bella, sa fidélité exemplaire pour son village natal et pour la tradition juive, font qu'il a résisté aux aleas de la Vie, et aux vicissitudes de l'Histoire.

Sa Philosophie Hédoniste, sa quête du Bonheur qui finit par triompher ne sont pas comme on aurait pu le penser, un déni de la Réalité, mais elles puisent leur source dans sa Foi dans la Vie et les leçons du Message Biblique élargi à l'Humanité.

CHAGALL restera celui qui a répondu à la Shoah parle Rêve de Jacob,à la Souffrance par la Crucifixion, et à l'Horreur par l'Amour et la Joie, dans l'Affirmation de la Loi, celle acceptée et répandue par MOÏSE dans le Décalogue.

19/02/2013

Y-A-T-IL UNE CRISE DE L'AUTORITE ?

La question de l'autorité traverse notre société, au cœur de la famille, de l'éducation, du monde politique et économique. Un Colloque montpellierain éclairé par le Collège des Humanités vient d'en débattre ; car en fait, l'humanité recherche une boussole. Cette inconnue serait-elle l'Autorité ? Des philosophes, des psychanalyste, des juristes, des chercheurs de tous horizons ont croisé leurs opinions. En voici quelques échos.

Son origine étymologique, autoritas, vient de auctor, l'auteur, celui qui fonde et fait grandir, augere.

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Thierry ELOI, universitaire et historien rappelle que, à Rome, on a autorité, seulement en tant qu' Homme, Libre. Venus est attirée par celle de Priap. A la naissance, le père exprime son autorité quand il reconnaît son enfant en l'élevant au-dessus de sa tête. Il l'exerce avec sa clientèle (ses amis), au stade, dans l'armée, et surtout au forum. Il contraint sa nature ce qui augmente son autorité. Le Stoïcisme, la philosophie aboutie de Marc AURELE, est l'essence de son intériorité. Celle-ci a autorisé l'évolution de la romanité vers le Christianisme.

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Paul VALADIER , Jésuite et théologien, met en avant St PAUL et semble s'interroger : ''L'Autorité vient-elle de Dieu ?'' Dans la Genèse, l'Homme n'est-il pas appelé à dominer la Nature, et non pas l'homme, et ainsi à se soumettre à Dieu ? La soumission de l'homme à ses passions entrainerait alors une insoumission à Dieu.

Les autorités humaines seraient pour Valadier, un reflet de l'autorité divine. Elle se perdrait quand elle en serait indigne. L'Autorité serait attestée par la Loi. Elle serait liée au pouvoir, au savoir et au charisme d'un homme politique ou d'un savant.

P. Valadier conclut en homme de religion : L'Autorité, transmetteuse de vie, viendrait de Dieu et nous structurerait.

La salle réagit et s'exprime : On parle d'intégrisme... Pour un psychanalyste la transcendance ne saurait se collectiviser...Oui, l'autorité se défait elle-même... Hannah Harendt parle de disparition de l'autorité par perte de l'assise du monde...

Pierre Henri TAVOILLOT, philosophe et universitaire, au lieu de parler de ''Crise de L'autorité'', pense qu'il y a simultanément ou successivement, une Déconstruction et une Reconstruction de l'autorité à l'œuvre. Notre époque, dit-il, voit une métamorphose de l'autorité qui irait de mieux en mieux et de pire en pire.

Mais quelles en sont les sources structurantes ? Il en soupçonne trois principales :

L'Autorité du Passé :les lois n'ont-elles pas été produites par nos ancêtres ?

L 'Autorité Cosmologique  les lois de l'univers pourraient servir de paradigme, de référence.Il s'agit par exemple pour Aristote, Hippocrate, Confucius, de rétablir l'harmonie du corps au regard de celle du cosmos.

L'Autorité Théologique : celle de Dieu au service de l'Homme (cf exposé de P. Valadier).

Ce qui augmenterait serait donc le Passé, la Nature, Dieu.

Mais la pluralité de ces sources structurantes peut et a entrainé une explosion de la notion d'Autorité : On l'a vu à la Renaissance, notamment, avec la découverte de COPERNIC , avec l'excommunication de LUTHER, l'arrivée des helléniste de Byzance...

Sur quoi fonder alors la Modernité ? Comment reconstruire l'Autorité ?

-Par le Politique comme l'écrit MACHIAVEL en se fondant sur le Mal?

-Par l'accord mutuel, social, scientifique ?

Les habits nouveaux de l'Autorité modifient les modèles primordiaux :

La Compétence : le Savoir qui fonde le Pouvoir, dans la République des Experts ?

Le Charisme ? Mais il peut se métamorphoser en un ''Gourou toxique'', en un dictateur hitlérien ? Le charisme n'est-il pas une illusion dangereuse ?

Le Compassionnel ? On en voit les limites à la télé...

La conclusion de P.H. Tavoillot est celle d'un philosophe : L'Autorité c'est la réflexion, l'hésitation, le doute qui ne se laissent pas synthétiser. C'est la critique de l'autorité qui ferait autorité...

La salle réagit positivement : On affirme... la puissance du Non-Savoir chez les psychanalystes,...les trois autorités Tradition/Cosmos/Sacré,...la Construction/Déconstruction,...on évoque FREUD , la Pulsion de vie /Pulsion de mort,...LACAN , la Pulsion de vie et le plus de jouir...

La Psychanalyse se devait de donner son opinion. Citons l'écrit introductif d'Anna MIRABILE, psychanalyste, du Collège des Humanités :

''L'Autorité ne relève ni de l'être ni de l'avoir. Elle n'est affaire ni de savoir ni de pouvoir.Elle est l'effet du dire de quelqu'un dont le désir est mobilisateur pour qui le reçoit... L'autorité ne se décrète pas, elle est toujours accordée à celle ou celui qui se situe dans un rapport à l'impossible à nul autre pareil. Sa parole agit comme une parole Autre qui peut enseigner et transmettre... Celui à qui on confère une autorité est celui qui se tient dans la docte ignorance, à l'instar du Maître antique, ou la figure symbolique du Père qui indique une voie, celle du Désir et de la LOI. Désir et Loi sont noués, faisant limite au toujours plus de satisfaction, en barrant la jouissance mortifère. Fut-elle limitée par le suffrage, l'Autorité est aujourd'hui insupportée. La voici subvertie par le mépris des différences, par le rejet ou le refus de toute hiérarchie, au pâle motif d'une équivalence consensuelle et d'un égalitarisme illusoire. Là sont réunis les germes d'une tyrannie et d'un totalitarisme à l'évidence déjà à l'œuvre''.

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Mais cette Autorité Conceptuelle est confrontée au Pragmatisme de la Post-Modernité. Elle se doit d'assimiler et de dépasser les notions de Compétence, de Savoir et de Pouvoir afin d'asseoir sa légitimité, en toute Justice, dans la Réflexion critique et la ''Praxis'' aux confins du Réel.