Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

25/01/2013

La psychanalyse dans la cité

C'est le prochain ouvrage que va faire paraître Georges BOTET PRADEILLES, psychologue de formation psychanalytique. Son intérêt pour les amateurs de culture m'a semblé évident et c'est la raison pour laquelle je vous le propose.

En voici le condensé donné par son éditeur :

"Malgré les progrès scientifiques et sociaux, nous sommes de plus en plus seuls dans notre vie professionnelle et amoureuse. L'image envahissante et la communication superficielle effacent nos repères symboliques. L'intime de notre désir lui-même nous devient étranger. Seule la posture d'écoute, inspirée de la psychanalyse sait encore entendre le sujet désirant. Il ne s'agit pas d'être là, savant, compétent, empathique ou sage, mais d'attendre avec ce qu'il faut d'amour et d'intelligence, les retrouvailles de l'esprit dans l'énonciation de l'autre. Le "patient" retrouve ici une liberté qui n'est reconnue nulle part ailleurs. L'ésotérisme des écoles et la sécurité des cabinets ne sont même pas de rigueur. Voici un ouvrage décapant qui nous suggère une "Ecole sans maître" faisant sa matrice de l'humanisme et de la posture de la psychanalyse".

Georges BOTET PRADEILLES a déjà écrit de nombreux articles et publié, entre autres :

"Apologie de la névrose" / Ed. Persée / 2008

"Fallait-il tuer Socrate ?" / Ed. Persée / 2008

"Nouveaux propos sur le Bonheur" / Ed. Dédicaces / 2011

"Pourquoi encore la psychanalyse?" Ed. Dédicaces / 2012

Tous les amateurs de ce type de lecture prendront un grand plaisir à parcourir cet ouvrage et en sortiront enrichis.

PSYCHNALYSE CITE rec.jpg

12/10/2012

PSYCHANALYSE ET CRITIQUE D'ART

Devant une même oeuvre d'art, les regards du critique d'art et du psychanalyste sont différents, ils ne regardent pas les mêmes choses, mais se complètent et enrichissent ce que l'on peut en dire.

Le critique analyse la forme, les couleurs, la composition, la matière et fait une synthèse qui replace cette oeuvre dans l'histoire, l'esthétique, la théorisation et la philosophie de l'art.

Le psychanalyste à partir d'une pratique et d'un non savoir, s'attache à l'exploration de la psyché sous-tendue par une structure de langage. Il se réfère à FREUD et son école pour, dans une position d'écoute et d'accueil, découvrir ce que l'Inconscient de l'artiste a voulu exprimer au-delà et entre les signes et les formes, couleurs et caractèes de son langage artistique.

Et tous deux, confrontant leurs regards différents, témoignent des préoccupations, tensions de l'artiste et de leurs incidences sur sa création, sur l'engagement du sujet de l'artiste, sur son univers esthétique, sur son idéal notamment.

Pour le psychanalyste, l'analyse de la création d'un artiste laisse entrevoir les entrelacs de son psychisme à travers de multiples composantes comme la recherche de significations de l'objet créé, des fantasmes qu'il met en scène, des identifications qu'il évoque, voire d'un processus de sublimation vers un idéal. La position de l'analyste tire sa spécificité d'interroger le non-sens, les ratages,les non-dits, les artéfacts, les blancs : tous lieux où l'inconscient surgit entre les lignes. Cette méthode d'observation s'est imposée à la création artistique sur des plans qui peuvent être illustrés par quelques tableaux célèbres.

LA SUBLIMATION est l'effort de l'artiste pour engendrer une satisfaction pulsionnelle, substitutive par les voies du symbolique. La sublimation est donc l'opération psychique par laquelle le sujet ne se lance pas à la recherche leurrante et pourtant désespérée de l'objet perdu mais qui au contraire a le courage de célébrer sa perte en tant que telle. Pour Lacan, sublimer « c'est élever un objet à la dignité de la chose (perdue) ». Pour FREUD et LACAN, le sujet est un être incomplet, de par l'opération du langage qui le sépare irréductiblement de son objet d'amour. Mélanie KLEIN a pensé que c'est lors du sevrage que cette séparation se produisait. Une dépression lui succédait avec des tendances destructrices envers cette mère ressentie comme ''mauvaise'' par l'enfant.(cf tableaux de Willem de KOONING ,''Woman II''.). La fresque de PICASSO , ''Guernica'' aurait certainement réactivé l'éclatement d'un ''objet-monde-maternel-UN'', brisé, après le bombardement de la ville de Guernica par les allemands en 1937.

LE SYMBOLE : Pour réparer l'objet perdu, un travail de deuil préalable serait nécessaire avant de le restaurer dans une symbolisation. L'assomption de la séparation d'avec la mère et le renoncement au fantasme originel ouvriraient les chemins de la sublimation. L'élaboration symbolique est la caractéristique de l'art ( restauration de la représentation de la mère dans ''la joconde'' de Léonard de VINCI cf blog).

Pour Hanna SEGAL, le plaisir esthétique correspond en grande partie, à l'identification de l'artiste qui a surmonté cette épreuve.

LE MANQUE A ETRE, l'OBJET PERDU : Tel qu'il s'instaure de l'essence du signifiant, est à la source du désir, moteur de la jouissance et de la vie. De nombreux tableaux explicitent cela :

''Sainte Cécile'' et ''Sainte Agathe'' de ZURBARAN présentant leurs yeux et leurs seins, liés à leur martyr, sur un plateau.

''Pigmalion'' de GIRODET, amoureux de Galathée, une statue qu'il a façonnée et à laquelle il lui sera permis de s'unir car le mythe l'a transformée en chair.

''Le peintre et son modèle'' de PICASSO. On sait que ses modèles sont devenus ses compagnes.

''L'écuyère'' de TOULOUSE-LAUTREC qui représente à la fois son manque à être et un objet de désir.

LA METHODE PSYCHANALYTIQUE : Or il s'est avéré que les créations métaphoriques des oeuvres d'art viennent elles aussi de l'inconscient, elles sont elles aussi des formations de l'inconscient, témoignant donc du retour du refoulé, au même titre que les symptômes, les rêves, les actes manqués, les traits d'esprit ; le psychanalyste trouve là un champ clinique approprié.

Cette méthode s'est imposée à la création artistique sur un double plan :

...Dans l'interprétation des rêves, on note la correspondance entre le mécanisme de ''déplacement'' et la notion de ''métaphore'', celui de ''condensation'' et celle de ''métonymie''. ''L'inversion'' est habituelle et significative chez BASELITZ qui figure ses personnages la tête en bas.

...Dans le Mouvement Surréaliste, les représentations de DALI, Max ERNST, MIRO, semblent directement et librement issues de leur inconscient, en une succession d'images comme autant de manifestations oniriques, d'une manière analogue à la ''libre association d'idées'' de la psychanalyse.

Cela fait dire à C.G. JUNG, en généralisant, que le peintre n'est pas seulement l'objet de manifestations cathartiques, mais qu'il continue à rêver , un pinceau à la main.

Quelques tableaux célèbres illustreront cette perception :

''Une seconde avant l'éveil''où deux tigres bondissent sur une femme nue dormant sur la banquise,(Salvador DALI).

''Le hasard est le maître de l'humour'', (Max ERNST).

''Le carnaval d'arlequin'' où MIRO donne libre cours à son imagination.

LES FANTASMES sont des scénari imaginaires figurant la réalisation des désirs qui nous accompagnent régulièrement dans la vie quotidienne. Ils alimentent la vie psychique (Mélanie KLEIN).

Les fantasmes primordiaux, de ''séduction'', de ''castration'', de la ''scène primitive'', de ''l'enfantbattu''ont inspiré de nombreux artistes :

Ces derniers sont souvent liés comme ''dans ''la danse de Salomé'' devant Hérode Antipas .Elle a abouti à la décapitation de Saint Jean Baptiste (Maurycy GOTTLIEB).

De même, le viol de la femme peintre de la Renaissance, Artemisia GENTILESCHI lui a fait réaliser un tableau vengeur,''Judith décapitant Holopherne''.

''La tempête'' de GIORGIONE a rassemblé ces fantasmes(cf blog).

L'angoisse de mort a été largement exprimée, dans :

L'anamorphose d'un crane du chef d'oeuvre d'OLBEIN, ''Les ambassadeurs''

Les vanités des maîtres flamands,

Les cauchemars de GOYA, ses ''Dos e Tres de mayo''

La série des ''Pape hurlant'' de Francis BACON s'inspirant de VELASQUEZ.

''Le cri'' de MUNCH retentit encore jusqu'à nous.

CORRELATIONS ENTRE LA VIE ET L'OEUVRE 

Sans parler de déterminisme prédictif, on ne peut que les suspecter a posteriori.

LES TRAUMATISMES INFANTILES ont été recherchés pour comprendre la thématique d'oeuvres d'art :

René MAGRITTE, (1898-1967), peintre belge a été particulièrement étudié par Jacques ROISIN. Il a été marqué par la découverte en 1912, de sa mère noyée dans la Sambre, une chemise de nuit blanche recouvrant son visage et laissant voir son sexe. Le suicide de la mère serait un''souvenir-écran'' pour ce psychanalyste. Il serait à l'origine de nombreuses peintures à la figure voilée, l'occultation du visage par un objet , une pomme, une tête de mort, une boule de lumière.

La poésie, le silence, ''le mystère du monde'', l'indicible, sont présents dans ses chef-d'oeuvres comme''Les eaux profondes'', ''La mémoire'', ''Le promeneur solitaire'', ''l'empire de la nuit''.

Pour Maurice CORCOS, un autre psychanalyste, sont mis en relation, dans le cas Magritte, l'objet manquant, la mère, et la mélancolie.

LE DESIR DE L'AUTRE : Le désir du sujet est le désir de l'Autre, c'est l'enseignement de l'inconscient.

Vincent Van GOGH porte le prénom d'un frère ainé décédé. Cet enfant de substitution s'inscrit dans une lignée rigide dont il représente l'honneur familial. Ce moi sacrificiel, accepté, l'entrainera vers une vie sans joie, une conduite d'échec, une castration symbolique puis la mort.

Salvador DALI , c'est également le prénom d'un frère mort ainsi que celui d'un père autoritaire. Cela éclairerait un peu mieux son désir rebelle d'exister et de s'affirmer par toutes sortes de provocations. Cela permettrait de mieux comprendre certains tableaux où l'angoisse de mort est visible, ainsi que le démontre la thèse de Patrice SCHMITT.

Francis BACON : Les interférences d'un père ''toxique''et meurtrier sur les perversions de F. BACON et ses oeuvres angoissées et poignantes ont été bien analysées par Maurice CORCOS.

L'APPORT DE DIVERS PSYCHANALYSTES au sujet de l'art.

L'étendue de la contribution de FREUD et de son école, celle de Mélanie KLEIN et de sa disciple, Hanna SEGAL sur la création artistique a été entrevue.

Il faut citer l'influence de FERENCZI et surtout celle de C.G.JUNG qui a créé un courant psychologique plus imaginatif en voulant intégrer la pensée orientale avec ses concepts d'Inconscient Collectif et d'Archétype,inspirant de nombreux artistes.

LACAN , prolonge avec audace la pensée freudienne. Il conceptualise un tryptique, le Réel, leSymbolique et l'Imaginaire réunissant les mécanismes de la psyché. Le Réel est sa clé de voute. Il correspond à l'innomable, l'impensable, où, sous le couvert de l'éternité, sont représentés en creux la notion d'Unité et de Divin.

AUTOUR DE L'ESTHETIQUE 

La psychanalyse, ce qui a été déjà pressenti, a essayé de préciser la fonction et la notion de Beau et de Laid.

LA LAIDEUR correspondrait à l'objet détruit, arythmique exprimant l'état du monde en dépression, en relation avec l'instinct de mort.

LA BEAUTE serait la plénitude, le rythme, l'expression de l'instinct de vie. L'oeuvre d'art est celle qui soumet la mort à la vie. La beauté éveille le désir, réactive les fantasmes, parfois terrifiants.

LE REGARD est impliqué dans la peinture. Sa limite, c'est le point aveugle du sujet, d'où ils'origine, l'objet manquant, le manque à être. La représentation de la toile en reste aux fantasmes de l'artiste. C'est un trompe l'oeil. L'art vise l'impossible dans un leurre. La psychanalyse nous introduit à ce point originaire, support de la vie, d'un reste Réel inaccessible au discours.

La psychanalyse qui,selon les psychanalystes estla pratique et l'art du ''ratage'', révèle l'impuissance de toute création à satisfaire l'artiste de son désir de toute puissance en lui restituant la conscience de ses limites, de son illusion et la plénitude de sa solitude et les affres de la liberté.

En affirmant que le savoir est du côté du sujet, ici, l'artiste, le psychanalyste peut apporter les nuances d'un éclairage supplémentaire à la pluridisciplinarité du critique d'art tout en dialectisant des concepts dans la visée de mieux comprendre l'homme qui affleure sous les habits de l'artiste et de ses oeuvres.

15/01/2010

ART et MEDECINE

Quels sont leurs points communs?

La médecine est un art, celui de guérir. L'art peut être source de guérison. En quoi l'Art a-t-il pu enrichir le domaine médical? Qu'ont apporté les hommes d'Hippocrate à la culture artistique?

Le Dessin, la Peinture, la Sculpture ont suscité des recherches anatomiques poussées chez un Léonard de Vinci, un Michel Ange, un Géricault.

La Pathologie humaine a été mise en scène par de nombreux peintres. La polyarthrite rhumatoïde a été identifiée dans le portrait de Marie de Médicis, par Rubens. L'artérite temporale a été peinte par Van Rymersael dans '' Saint Jérôme méditant sur la mort ''. '' Le Pied Bot '' de Ribera montre un enfant fier et digne.

Lees dérèglements psychiques ont suscité des témoignages nombreux mettant en évidence des angoisses individuelles ou collectives. '' La Nef des Fous '' de Jérôme Bosch essaie de montrer la décadence des mœurs et la folie humaine alliée à des préoccupations métaphysiques. Les '' Monomanies '' de Géricault ont tenté de saisir et de comprendre des types de maladies mentales.

''Le Cri '' de Munch est l'émergence d'une angoisse profonde qui retentit jusqu'à nous.Munch_Le cri.jpg

La Psychologie et la Psychanalyse ont tenté de mieux cerner la relation entre la vie et les œuvres des artistes, ainsi que le chemin de la Création. Elles ont mis en évidence l'importance du

''Manque '' que chacun veut combler sa vie durant, de l'Inconscient tout puissant, imprégné des Désirs, de la force du Refoulement et de la Censure chargée des Interdits Parentaux.

L'œuvre, expression de la Victoire de l'artiste sur lui-même, est alors Symbole de Victoire pour Autrui. L'Amateur d'Art, par la fréquentation des œuvres et la connaissance des Artistes, communie avec ces moments intenses. L'Art et la Médecine sont liés à Vie. Comme l'écrivait H. Von Keyserling : '' l'Art est l'expression la plus haute et la plus vivante de la Vie ''.