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08/09/2015

LE PRESSIONNISME du TAG au Graffiti

L'exposition proposée à la Pinacothèque de Paris sur les Tags et les Graffitis a été baptisée par son directeur artistique, Marc RESTELLINI, ''Le Pressionnisme'' en référence à la pression exercée sur les bombes aérosols et pour l'intégrer dans l'histoire de l'art aux côtés de l'Impressionnisme et de l'Expressionnisme.

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Cliquez sur l'image ci-dessus pour accéder au site de l'exposition.

HISTORIQUE : Ce courant a émergé de la culture Hip-Hop qui se proposait, en 1970, de positiver les tensions agressives liées aux pratiques délinquantes qui s'étaient développée au sud du Bronx, à New York. Venant du milieu underground et du Street-Art, il était soutenu par des groupes communautaires à prédominance hispanique. Il s'est propagé à Los Angeles, Chicago, Philadelphie puis s'est répandu en Europe, Paris, Berlin, Amsterdam, pour s'enraciner à Barcelone et au Portugal.

DEFINITIONS :

Le Tag est une signature codée, cursive, identifiant l'auteur ou le groupe. Il a été surnommé ''Blaze'' Son éthymologie : Tuff Artist Groupe.

Le Graffiti, plus complexe, de grande dimension, composé de plusieurs couleurs, plusieurs contours, cerné généralement par un trait noir, sur un fond soutenu, correspond à une signature dilatée, mais il peut représenter un message écrit ou imagé. Il vient du grec ''graphein'', écrire et de l'italien ''graffiare'', griffer, graver.

LA THEMATIQUE de l'exposition montre la dynamique de ce courant artistique depuis l'esquisse au crayon en passant par l'affirmation des graffitis, l'évolution vers des masterpieces, l'apparition de l'Abstraction et la confirmation de Maîtres du Pressionnisme.

Les dessins, colligés dans des ''Back-books'', consultés par des disciples, sont développés sur des cartons, des murs, du métal...Un vaste dessin de Bill BLAST évoque les quais de New York sur lequel se détache le visage iconique de J.F.KENNEDY

Du dessin aux graffitis

CASH nous présente une œuvre où les lettres de son nom occupent en capitales la surface entière de la toile.

BANDO, un franco-américain, véritable tête de pont habitant Saint Germain des Près, investit le célèbre. terrain vague dit de Stalingrad, à Paris. Il nous livre un message : ''CRIMINAL ART'' , en lettre de sang sur un vaste mur. Le graf serait un art criminel...

RAMMELLZEE accroit leur complexité. Ce pluridisciplinaire, considéré comme un des penseurs du mouvement, adepte du rap, fait évoluer ses œuvres vers de véritables enluminures, introduisant des collages comme l'avait fait Picasso, et des objets divers à l'imitation de TAPIES en Espagne.

La complexité est patente chez FAB 5 FREDDY et dans les ''Chronologies'' de BLITZ

STAY-HIG 149 qui revendique la gloire (the fame), et s'autoproclame the King of N.Y., associe à sa signature un personnage ''le Saint fumant un cigare''. D'autres artistes, comme FUTURA ou DONDI feront de même et ajouteront un personnage. Keith HARING introduit son bébé marchant à quatre pattes.

L'ABSTRACTION : Elle finit par triompher, éclipsant l'enchevêtrement de lettres, le développement du fond, l'apparition de tâches, de bulles ou de scintillements d'étoiles.

''Le manifeste'' de BANDO met un point d'orgue à cet éclatement délirant alors que ses ''Nymphéas du Graffiti'' évoquent un modèle jubilatoire plus apaisé.

D'autres graffeurs sont présentés comme des maîtres. Citons :

BLADE qui livre un message d'amour et couronne son nom d'une tiare.,

JAY ONE RAMIER qui expose un ''Adieu'' plein de charme et de nostalgie,

TOXIC Celui-ci retient l'attention par l'aspect mortifère et anxiogène de son crabe rouge et sa tête de loup aux dents acérés dans ''Alla Dalla'',

TKID 170 : Son œuvre , ''Alicia'' apparaît riche de connotations multiples. Une femme rousse, aux seins généreux est cernée par des lettres menaçantes ainsi que par une trompe et une défense d'éléphant très phalliques. Le désir d'accomplissement sexuel ne semble pas pouvoir être mené à son terme. L'interdit sexuel est là. 

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Qui sont ces tagueurs qui envahissent et polluent nos cités, marquent nos murs et nos vitrines, au grand désespoir de certains, nos camions et nos trains avant d'être testés par nos galeries et nos salons ?

Des psycho-sociologues se sont penchés sur leur comportement et leurs motivations avant de pouvoir les accompagner vers un mieux être.

Les espaces urbains et périurbains seraient une métaphore de l'espace psychique.

Les murs seraient une peau symbolique, une surface de projection où ils inscriraient leurs conflits et leurs fantasmes, selon Marion HAZA ;

Des enquêtes ont montré qu'il s'agit la plupart du temps de garçons de 15 à 22 ans, de milieux socioculturels très divers.

Le désir avoué qu'ils expriment c'est laisser une empreinte de soi, une marque d'existence personnelle, mais aussi de leur groupe dans lequel ils se sentent protégés et dans lequel ils fusionnent. Les différentes ''Bandes'' ou ''Crews'' rivales pratiquent des joutes esthétiques qui consacrent les meilleurs.

La jouissance du ''bombage'' est associée à la destruction de l'écriture qu'on leur a enseignée, ainsi qu'à une ''catharsis graphique''.

Parfois, la consommation de drogues douces vient soutenir la ''compulsion de répétition'' et la toute puissance narcissique. Des actes de bravoure et des mises en danger dans des lieux élevés ou particulièrement difficiles accroissent le plaisir de compétition.

Poussés par leur désir d'évasion ils s'échappent de leurs friches qu'ils ont restructurée comme leur psyché, pour taguer des camions, des trains qui sont le support de leur errance et voyagent avec leurs rêves.

Cette période de l'adolescence est liée à des mutations profondes physiques et psychiques où 

le besoin de reconnaissance de soi, les relations oedipiennes et le narcissisme sont renforcés.

Le pseudonyme qu'ils ont choisi, leur ''pseudo'', serait un ''fantasme des origines''.

En se nommant en dehors du nom du père ne tenteraient-ils pas d'échapper à l'angoisse de castration ?

Les provocations, les transgressions* ne seraient-elles pas une quête déguisée d'un dialogue intergénérationnel sous-tendu par la recherche d'une intégration sociale ?

Comme le suppose Gilles BOUDUIT, ne serions-nous pas devant un nouveau ''Rite de Passage'', contemporain ? 

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*Selon l'Article 635-1 du Code Pénal, un graffiti sauvage est passible d'une amende de 1500 euros , majorée si on touche un édifice public.

02/05/2012

Christopher WOOL au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Ce peintre américain, né à Chicago en 1955, est présenté comme une figure majeure de l'Art Contemporain.

L'objet de sa création est la Peinture Abstraite qu'il approfondit depuis les années 1980, à New York, influencé par l'Art Underground. Il explore les limites de la Peinture Informelle et du Pop-Art auxquels il emprunte les concepts. Une gestuelle expressionniste cotoie une rigueur minimaliste.

Puis, au cours des années 2000, on assiste à une métamorphose, visible dans la trentaine de grandes toiles exposées ici. On observe trois types d'oeuvres composées :

     - de grandes taches noires ou parfois brunes,

     - de traits noirs ou rouges, sinueux, sans commencement ni fin,

     - de zônes brouillées, ayant les caractéristiques précédentes.

Elles méritent d'être comprises et interprétées car elles éclairent le processus de création, résolument moderne.

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Les différentes techniques utilisées, comme le spray, les images sérigraphiques, la reproduction numérique, permettent de réaliser des juxtapositions, des chevauchements, des recouvrements telles des plaques teluriques . On assiste aussi à tout un travail sur ces ''Images-Sources'', des additions, aggrandissements, recompositions, effacements. Ces thèmes sont repris et développés d'un tableau à l'autre comme une structure génétique en mutation constante.

Une peinture laquée, vient souvent achever l'unité de chaque tableau.

La recherche de sens est beaucoup plus difficile.

Ces tableaux informels suggèrent des tests psychologiques projectifs où chacun peut retouver sa personnalité. Cependant, des assemblages de formes s'opèrent, des structures apparaissent malgrè le caractère aléatoire, chaotique et inconscient du phénomène. Par leur répétition, observable, ces formes échappent en partie à la psyché de l'observateur pour être attribuées à la pensée créatrice de l'artiste.

Les taches : La convergence de celles-ci au fil des séries semble aboutir à la structuration signifiante d'un encéphale, voire de deux hémisphères cérébraux dans une image de ''screen-split''.

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Les lignes, tortueuses évoqueraient le chemin labyrinthique de la pensée. (J'évoque là, un séminaire de l'EHESS (Ecole des Hautes Etudes des Sciences Sociales) sur ''les graphes et la pensée'' auquel j'ai participé).

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Les zônes brouillées, véritables palympsestes,font penser à des phénomènes de désintégration et/ou de régénération, peut-être un travail sur la mémoire.

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La démarche de Christopher WOOL est extrêmement intéressante à plusieurs titres :

Elle intègre la Liberté de la gestuelle, de la technique et de la pensée.

Elle tend vers une synthèse des pratiques américaines à la conquête de l'Art Abstrait.(Ground Art, Pop-Art, Expressionnisme de Pollock, Art de la Publicité...)

Elle retrouve dans son dernier style les sources de l'Art Européen des années 50, correspondant aux année de naissance de C. WOOL.(DEGOTTEX, HARTUNG, G. SCHNEIDER, FAUTRIER,DUBUFFET, WOLS,G. MATHIEU, SOULAGES).

Une recherche moderne et pragmatique de la création technologique. (Sérigraphie, Numérique).

Une évolution vers la compréhension de la structure pensante afin de prendre la création à sa source et qu'on ne dise pas : « le sujet n'est pas celui qui pense ».

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