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14/11/2014

Marcel DUCHAMP Le retour vers l'ART

Le Centre Pompidou expose une Rétrospective de Marcel DUCHAMP, celui que l'on accuse de vouloir faire disparaître l' Art. Mais, sa dernière œuvre, réalisée lors des 20 dernières années de sa vie et restée inachevée, tend à infléchir cette opinion.

 

Elle a été élaborée durant les vingt dernières années de sa vie. Elle est restée inachevée. Le titre qu'il lui a donné ressemble plus à un problème de physique à résoudre qu'à  celui d'une œuvre d'art. Le voici  :

''Etant donnés

l/ la chute d'eau

2/ Le gaz d'éclairage,...''

Cette oeuvre est en fait une installation en fonction de l'endroit où on la regarde. Elle est illusionniste et onirique à la fois, réaliste et conceptuelle, intégrant la ''Renaissance'' de Léonard de VINCI ou de GIORGIONE, le ''Naturalisme'' de COURBET, Le ''Surréalisme dalinien, pour aboutir, en passant par le ''Cubisme'', à la ''Modernité''.

C'est dans la peau d'un ''voyeur'' que l'on découvre, à travers deux trous pratiqués dans une porte, ramenée par Marcel DUCHAMP de Cadaquès, le corps d'une femme nue, abandonnée reposant sur un lit de sarments agressifs, parsemé de feuilles mortes, jambes écartées, sexe épilé. Sa tête est à peine visible. Sa main gauche tient paradoxalement un bec Auer allumé et brûlant. A l'arrière-plan, un bois, une cascade, un ciel lumineux voilé de brumes.

Quelle cohérence donner à tout cela  ?

A quelles iconographies se rattacher ? Y-a-t-il une ou plusieurs significations possibles pouvant s'enraciner dans la philosophie ou la psychanalyse de l'art  ?

Certes, nous pouvons nous reporter aux œuvres antérieures de M.D. Et notamment au tableau énigmatique de ''La fiancée mise à nue par les célibataires, même''. Cette femme dénudée, mise à mal au milieu ''Du Champ'' semble correspondre à une ''répétition''.

Le décor évoque celui de la ''Renaissance'', un arrière plan toscan, une nappe d'eau s'écoulant doucement vers une cascade. La bordure de brique est en écho avec la balustrade de la Joconde. Mais la plaisanterie de M.D. sur la Joconde ne saurait être de mise ici. 

La pose ''offerte'' de la femme n'est pas sans faire penser à la ''Création du Monde'' de COURBET, bien que son naturalisme soit dépassé.

L'influence de Salvador DALI ne se limite pas à la présence de la porte de Cadaquès  : Les membres  simulent les aiguilles d'une ''Montre molle'' plus ou moins centrées sur le sexe, évoquant le temps qu'on voudrait retenir.

Le cadran, ovoïde cerné de découpes ''cubistes'', retracent les premières empreintes de PICASSO sur M.D.

La ''Déconstruction'' de l'oeuvre  éclate lorsqu'on la regarde de côté et en vision cavalière, comme pour contempler une maquette. C'est alors qu'apparait le mille feuille horizontal de l'Installation avec pour base, un échiquier, celui de l'art ou de la vie.

Un peu plus haut, une structure de bois brut servant de lit, sur lequel reposent des branchages puis la femme nue tenant un Bec Auer allumé, relié à un tube où passe le gaz alimentant la flamme.

Verticalement, un tableau représente le paysage et complète l'ensemble.

 

L'action analytique et conceptuelle de M.D. culmine avec cette installation et amorce une réconciliation avec les artistes qui l'ont précédé.

 

LE DESIR EROTIQUE

Le sens est à rechercher dans les profondeurs du mythe exploité par les peintres de la Renaissance , comme Jacopo ZUCCHI dans ''Amour et Psyché'' (1589).

DUCHAMP évoque ici l'allégorie de Psyché, princesse de Lydie de qui Eros est tombé amoureux, incognito. Psyché voulant découvrir son identité allume une lampe et laisse tomber une goutte d'huile sur son amant qui s'éveille et s'enfuit.
DUCHAMP vit une histoire parallèle : sa maîtresse brésilienne est amenée à le quitter après de longues années pour rejoindre les siens. 

La femme dénudée est le moule de celle-ci.

 

Le bec de gaz pourrait correspondre à la flamme de son désir persistant qui se prolongerait en cette fin de vie en désir d'éternité.

Après ''le Grand Nu descendant l'escalier'',qui décompose le mouvement sous l'influence cubiste, après la nomination d'un urinoir en ''Fontaine'', élevant un objet usuel en œuvre d'art, 50 ans avant Andy Warhol, après la désacralisation de l'art et notamment de son icône, la Joconde,

 

Marcel DUCHAMP réalise une synthèse dans sa dernière œuvre, réconciliant le Classicisme et la Modernité, l'unité du regard et le caractère polysémique du concept, se prolongeant dans le feu et la lumière du Désir.

 

 

Pour plus d'informations, voir le site du Philadelphia Museum of Art